Tag Archives: Révolution

Alain Gresh ou le refus de la révolution par la négociation

5 Sep

Pourquoi est-il aussi difficile de reconnaître un génocide.

Ce qui se passe en Syrie n’a rien de complexe et est compréhensible par un enfant de 10 ans : un dictateur massacre son peuple pour garder le pouvoir. Mais, car il y a un mais, c’est plus compliqué que ça. Il faut que ce soit plus compliqué que ça car… Car sinon on arrive à se rendre compte que ce qui se passe en Syrie est un génocide. Et que l’être humain s’est tellement souvent dit « plus jamais ça » que devant l’impossibilité de l’arrêter ni de l’accepter c’est le négationnisme qui l’emporte. Face à la question « que faire » répond une sorte de tendance négationniste à nier la réalité du génocide et de la révolution en Syrie.

C’est ce qui arrive à Alain Gresh dont l’article « que faire en Syrie » ne contient pas une seule fois le mot « révolution ».

On l’a dit à plusieurs reprises ici : le pouvoir porte la responsabilité majeure du bain de sang et de la spirale de violence qu’il a largement alimentée. Mais la crise syrienne se réduit-elle à un pouvoir dictatorial affrontant l’ensemble de son peuple ? Si tel était le cas, le régime serait tombé depuis longtemps. D’autre part, peut-on comprendre la crise en dehors de sa dimension géopolitique, en dehors de l’action d’acteurs aux motivations diverses ?

« Mais », tout est dans le « mais ». C’est ce « mais » qui ouvre la porte sur toute une série d’arguments pro-Assad. (et nous ne parlerons ici que des arguments étant entendu qu’Alain Gresh n’a jamais pris la défense de Bachar al Assad ni appelé à son maintien au pouvoir). Il est évidemment impossible de dire qu’Alain Gresh est pro-Assad, ce que l’on peut dire c’est que ce « mais » qu’il oppose à la réalité de la révolution et du génocide syrien l’oblige à aller chercher dans des arguments développés par les pro-Assads depuis 16 mois déjà. « spirale de violence qu’il a largement alimenté » par exemple est déjà tendancieux. C’est faux : spirale de violence qu’il a initié, mise en place, élaborée etc. La spirale n’est pas venue de nulle part et durant de longs mois les Syriens ont acceptés de se faire massacrer en manifestant sans armes.

Le « mais » permet aussi d’introduire le jugement sur l’histoire, préalable au négationnisme : « si tel était le cas, le régime serait tombé depuis longtemps ». Une simple phrase qui n’a l’air de rien mais qui indique comment les meilleurs analystes peuvent abandonner toute rigueur scientifique lorsqu’il s’agit de la Syrie. De quelle exemple historique, analyse ou étude Alain Gresh s’inspire-t-il pour déclarer doctement que la révolution syrienne va trop lentement ?

Et enfin, l’argument massue : la « dimension géopolitique » sur laquelle on reviendra en fin d’analyse pour montrer comment la « dimension géopolitique » oblige l’esprit à incliner en faveur de la dictature fasciste.

D’abord, comme ailleurs dans le monde arabe, s’est exprimée une aspiration à la liberté, à la fin de la dictature. Mais la militarisation de l’opposition – favorisée par les ingérences extérieures et par la brutalité du régime –, son incapacité à présenter un programme rassembleur, ses profondes divisions ont ouvert de larges fractures dans le peuple syrien.

« Mais » là encore. On constate ici que cette nouvelle opposition est encore plus idéologique que la première. On n’est pas dans l’histoire mais dans sa négation. Au lieu de “mais” l’auteur aurait pu choisir « puis » donnant ainsi « D’abord, comme ailleurs dans le monde arabe, s’est exprimée une aspiration à la liberté, à la fin de la dictature. [Puis] la militarisation de l’opposition etc. » Ainsi apparaîtrait au lecteur une logique historique de la révolution. Mais l’utilisation du « mais » laisse déjà penser que l’abandon par la révolution syrienne de la stratégie non violente n’est pas naturelle ni logique et procède d’un processus étranger.

Il choisit une opposition idéologique qui l’entraîne, là encore malgré lui dans une subtile défense du régime d’Assad : la « militarisation » mot souvent employé mais qui occulte le fait que ce n’est pas une armée organisée que combat Assad mais une résistance populaire composée de soldats ayant fait défection avec leurs armes et qui, après 16 mois de massacres, commencent à recevoir au compte goutte un peu d’aide extérieure. « Militarisation de l’opposition » suppose déjà livraison d’armes en masse, organisation militaire, entraînement dans des camps à l’étranger, hiérarchie et coordination etc. ce qui est encore loin d’être le cas.

Ensuite la responsabilité du régime est mise sur un plan égal avec les « ingérences extérieures… » Pour finir sur une décrédibilisation très large de « l’opposition » : divisée, incapable et surtout « en fracture avec le peuple syrien ». Cette dernière est probablement la plus agressive car une révolution qui serait en fracture avec le peuple et irait à l’encontre de celui-ci ne serait évidemment pas une révolution… (mais une conspiration de l’étranger contre la volonté du peuple syrien et sa souveraineté comme le clame la propagande d’Assad depuis des mois ?)

Viennent ensuite les classique : l’incapacité des rebelles de gagner face à un régime très stable et bien implanté « dans les minorités » et « la bourgeoisie sunnite » et incapable de s’étendre dans les deux grande villes Damas et Alep. Des antiennes répétées à l’envie par l’écrasante majorité des analyses et des experts et dont la propagande pro-bachar (comme le site infosyrie.fr) assure la diffusion. Alain Gresh cependant laisse croire que ces analyses iraient à l’encontre du « discours dominant dans les médias sur la Syrie : un peuple uni face à une dictature sanglante. »

Un peuple uni face à une dictature sanglante, discours dominant dans les média

Or ce prétendu discours dominant n’est pas du tout dominant. C’est une réalité mais trop simple contre laquelle tentent de lutter les esprits qui cherchent à comprendre, la simplicité de la situation les déroutants. Gilles Jacquier (voulant voir la Syrie « coté régime ») Pierre Piccinin (voulant accréditer les thèses de la propagande de Bachar) et Alex Thomson correspondant de Channel 4 (voulant mettre sur un même plan les « deux côtés ») furent victime de cette tendance à nier la réalité.

Florence Aubenas pour Le Monde et Pierre Haski pour Rue89 eux aussi succombent aux mêmes travers de l’orientalisme cherchant à tout complexifier. Infosyrie.fr le site pro bachar d’extrême droite distribue régulièrement les bons points aux journaux qui refusent le « discours dominant ». La voix de Poutine via Russia Today fournit aussi un gros matériel de « vision alternative » mais comme Russia Today c’est la Russie et que l’expression « média dominant » est souvent synonyme commode de « média occidentaux » alors on peut sophistiquement penser que Russia Today n’est pas dominant. On a aussi le grandiose et fameux article du Frankfurter Allgemeine Zeitung qui expliquait que le massacre de Houla était le fait des rebelles.

Puis Malbrunot aussi du Figaro à qui infosyrie tresse régulièrement des lauriers pour sa « bonne vision ». Et Fabrice Balanche régulièrement interviewé par France24 et qui sévit aussi sur Atlantico et dans Libération. The Economist que cite Alain Gresh mais qui n’en est pas à son coup d’essai sur « les rebelles divisés ». On a aussi, pour les anglophones, Foreign Policy qui en donne un peu pour tout le monde avec des très bons articles ou alors l’étalage de lieux communs « réalistes » : en syrie c’est trop compliqué pour les gros titres et en Syrie ca va être le chaos géopolitique. Des arguments là encore pas anodin puisqu’ils constituent respectivement la pensée et la menace directement exprimée de la bouche même de Bachar al Assad.

On a encore les Assad apologists, figures de la gauche ou alter qui voient dans la défense du dictateur Assad la lutte de la spécificité culturelle orientale contre l’impérialisme américain qui voudrait imposer la démocratie à des peuples qui sont pas fait pour. Seumas Milne (Guardian), feu Alexander Cockburn (counter punch), Glenn Greenwald (Salon.com)…

Enfin pour l’idée du « peuple uni » qui serait soit disant la vision dominante des média, rappelons qu’il n’existe pas un seul article de presse qui ne mentionne pas l’appartenance ethnique ou communautaire de tel ou tel, faisant du peuple syrien un agrégat de communautés divisées. Pas un. La presse « dominante » ou pas est arrosée constamment de ces adjectifs divisant et clivant. C’est Druze, c’est Alaouite, c’est Sunnite, c’est Chiite, c’est Chrétien, c’est Kurde, ce n’est jamais Syrien.

Vient ensuite dans l’analyse d’Alain Gresh les « ingérences étrangères » réduites au Qatar et à l’Arabie Séoudite et aux « occidentaux ». L’ingérence de la Russie n’est pas considérée, pourtant très étrangère et particulièrement ingérante en Syrie. Il est normal d’évoquer le soutien des l’AS et du Quatar aux rebelles (quoi qu’on commence à être en droit de demander quelques précisions bienvenues qui iraient un peu au delà de: « l’Arabie Seoudite et le Quatar soutiennent les rebelles »). On pourra toutefois y associer une légitime question sur comment le régime d’Assad se débrouillerait-il sans le véto et les armes russes (qui ont une base navale à Tartous faut-il le rappeler?)

Le concept « occidentaux » est aussi un concept sur lequel nous reviendront longuement sur ce blog mais on peut déjà dire que ce concept n’est pas anodin et est très idéologique. On se doit de définir ce qu’on entend par « occidental » sous peine de laisser libre l’idéologie « d’occident » vagabonder de façon malsaine dans l’esprit du lecteur. “Occident” c’est quoi? Occident = démocratie ? Occident = chrétienté ? Occident = impérialiste ? Occident = capitaliste ? Occident = ingérence ? Le concept d’occident ne permet pas de penser mais de faire de l’idéologie. Une idéologie qui rend en fait légitime le combat d’Assad contre « l’occident » et ses « ingérences ». Elle rend aussi légitime le soutien de Poutine dictateur fasciste à Assad dictateur fasciste puisque la Russie n’étant pas « l’occident » son soutien n’est pas « ingérence ».

Puis la suite logique du développement de l’analyse est l’apparition du « both sides ». Les fameux « deux côtés » mis sur un même plan chers à Alex Thomson que nous avions déjà analysé ici.

C’est Kofi Annan, l’envoyé de l’ONU pour la Syrie (« Sur la Syrie, à l’évidence, nous n’avons pas réussi », LeMonde.fr, 7 juillet 2012), qui le déclarait : aucune des deux parties n’a vraiment essayé, en avril 2012, lors de l’envoi d’observateurs internationaux, de mettre fin aux combats. Et si l’appui de l’Iran, de la Russie et de la Chine à Damas a durci la position du président Bachar Al-Assad, le refus des Occidentaux, Français compris, d’appeler l’opposition à respecter un cessez-le-feu a aussi mis de l’huile sur le feu. A aucun moment ni les Occidentaux, ni Paris n’ont cru en la mission Annan et n’ont fait le moindre effort pour qu’elle réussisse.

Le « both sides » est aussi de l’idéologie. Les fameuses « deux parties » dont on voudrait bien qu’elles se mettent autour d’une table pour discuter d’égal à égal, avec chacun des arguments et des raisons qu’il faut comprendre. Le both sides est du négationnisme ainsi que nous l’avions déjà analysé pour Alex Thomson. C’est décréter qu’il n’y a ni génocidaire ni victime, ni violeur ni violé, ni oppresseur ni opprimé, ni maitre ni esclave et que au fond tout se vaut. Les hommes se battent et c’est horrible mais surtout, surtout on ne doit pas supposer qu’ils se battent pour une raison ou une cause. Et que cette cause justifie qu’on soit prêt à mourir ou à tuer pour elle. Qu’un cherche à opprimer et un cherche à ne pas être opprimé et que les hommes qui se battent le font pour des causes qu’il convient de dire et de comprendre. Ce ne sont pas des pantins manipulés par des « ingérences étrangères » et des planifications complexe géopolitiques élaborées dans des bureaux secrets.

Mais le « both sides » négationniste entraine inévitablement la défense du régime d’Assad. Alain Gresh y succombe là aussi comme Alex Thomson ou tous les autres avant lui ayant fait du « both sides ». Ainsi Assad est décrit comme soumis aux ingérences, c’est « l’appui de l’Iran, de la Russie et de la Chine » qui a durci la position de Bachar autant que « le refus des occientaux d’appeler l’opposition à un cessez le feu ». Le paragrahe fini sur un blame « des occidentaux » coupable de n’avoir pas cru à la médiation d’Annan. En réalité la « mission Annan » était de la pure ingérence cherchant artificiellement à mettre sur un même plan les « deux parties » qui, par force de la réalité, ne peuvent et ne pourront jamais s’équilibrer. La révolution syrienne doit se terminer par la chute d’Assad ou la défaite de la révolution, la voie de la médiation ne servira qu’à gagner du temps pour le régime ou à se faire infiltrer, récupérer et ingérer pour la révolution. Une solution politique « médiane » qui conviendrait aux deux parties est strictement impossible et il est difficile d’imaginer comment Alain Gresh imagine son succès dans un contexte révolutionnaire.

Si on imagine par contre une guerre civile alors la mission Annan prend tout son sens absurde : les deux parties conviennent d’un cessez le feu puis on divise le pays en zones qu’on attribue aux rebelles ou au régime selon et on crée une force de l’ONU pour regarder les violations du cessez-le-feu entre les zones et les épurations d’opposants à l’intérieur des zones. Et puisque les analystes, observateurs et orientalistes ont décidé que la Syrie c’était multiconfessionelle alors les zones le seront aussi, des zones alaouites ou chiites « pro-régimes » et des zones sunnites « rebelles » et un cours magistral d’ingérence coloniale : le rêve incarné d’une Société des Nations qui fonctionne bien.

Enfin on arrive à la très attendue « géopolitique » qu’on dit complexe au Moyen-Orient. Elle n’est pas si complexe que ça et tient en une phrase : les occidentaux hypocrites et leurs alliés fachos du golfe veulent faire tomber Assad car ça déstabilise l’axe chiite iranien. Comme on a déjà dit, le concept « occidentaux » doit être un peu défini. Sarkozy invitait Bachar al Assad au 14 juillet, la Turquie (membre de l’OTAN “occidental”) se rapprochait de la Syrie et de l’Iran après l’affaire de la flotille de Gaza, les Etats-Unis rétablissaient les relations diplomatiques, le Quatar a mis 1 mois et envoyé deux délégations avant de laisser Al Jazeera couvrir la révolution syrienne, la liste est longue de lauriers tressés à Assad le réformateur avant la révolution, ce qui permet de relativiser un peu « l’objectif prioritaire ».

Pourquoi ? Parce que l’objectif prioritaire de nombreux protagonistes (Occidentaux, pays du Golfe) est de faire tomber le régime dans le but d’atteindre l’Iran. Leur stratégie s’inscrit dans une jeu géopolitique dangereux, dont les droits humains ne sont qu’une dimension. La Russie et la Chine, favorables à des pressions sur Téhéran mais hostiles à une aventure militaire, s’opposent, bien évidemment, à cette stratégie. « Tout cela est un jeu géopolitique joué avec le sang syrien, m’expliquait, ulcéré, un intellectuel de Damas. Poutine et Obama devraient rendre des comptes devant la justice internationale. »

Donc pour résumer : un plan de destabilisation « occidental » du moyen-Orient auquel s’oppose la Russie et la Chine. Une analyse qu’on retrouve évidemment largement sur les sites conspirationnistes. Avec en fin de paragraphe un petit travestissement de la citation de l’intellectuel de Damas qui renvoit dos à dos le jeu néo guerre froide auquel se livre ET Obama ET Poutine quand l’idée générale du paragraphe (et du texte plus largement) tend à présenter la Russie comme s’opposant à une ingérence « occidentale » illégitime. Le « bien évidemment » est lui aussi tendancieux, impossible de savoir si il se réfère à l’évidence que Russie et Chine vont s’opposer ou à l’évidence que Russie et Chine doivent s’opposer.

La géopolitique est assez traîtresse en général et surtout, induit un biais idéologique auquel le lecteur est obligé de se soumettre face à l’autorité de l’expert. En effet, le discours « la Syrie c’est compliqué parce que la géopolitique… » prive le lecteur de ses facultés de compréhensions, l’infantilise et l’oblige à se soumettre à l’expert géopolitique qui va imposer son analyse du haut de son autorité d’expert. De la même manière que l’Orient demande pour être compris l’aide d’un expert orientaliste ainsi que l’expliquait Said, la géopolitique demande l’aide d’un expert en géopolitique.

Mais cette science n’a pas que des lettres de noblesses. L’inventeur même de cette science, Friedrich Ratzel a offert aux Nazis le concept d’espace vital et le lien entre géopolitique et nazisme n’est pas completement un hasard. C’est une science qui, dans sa version vulgarisée et simpliste, plaît beaucoup aux fascistes, à l’extrême droite et aux conspirationnistes de nos jours. On aura ainsi de nombreux exemples de sites se revendiquant de la qualité d’experts en géopolitiques et fleurant bon l’extrême droite et dont le conspirationnisme flirte souvent avec l’antisémitisme.
Du genre de ça par exemple avec un commentaire bien senti sur « les stratagèmes que le monde sémitique connaît bien » et l’impossibilité démocratique de la région due à la duplicité et au tribalisme de ses occupants.
(A noter que c’est sur ce genre d’article que s’est basé Antonin Amado pour rédiger le très pauvre « Syrie champs de Bataille médiatique » dans le monde diplomatique auquel se réfère Alain Gresh en fin de son article).

On a aussi la fine équipe des experts géopolitiques barbouzards allant proposer leurs services de lobbying au secours des dictateurs Assad et Kadhafi

On a enfin la galaxie des conspirationnistes et lecteurs de Thierry Meyssan qui lisent et comprennent la géopolitique mieux que personne (et dont Assad a bien compris tout l’intérêt qu’il pouvait en tirer).

La géopolitique n’est pas inintéressante en soi mais c’est lorsqu’on commence à prendre comme mode de compréhension et d’explication du monde cette science déshumanisante à l’extrême qu’on tend inévitablement vers le fascisme. En effet, cette science décrit par le menu les rapports darwiniens entre puissances et empires. Seul la logique supérieur de l’intérêt impérial prédomine et conditionne toute action dans ce monde fait d’état personnifiés où l’individu et l’humain compte moins que l’intérêt supérieur de la nation/puissance. C’est encore une fois utile pour comprendre les intérêts et enjeux diplomatiques, positions des chancelleries, actions des Etats. Mais appliquée à la totalité des rapports humains comme c’est le cas au moyen-Orient on arrive vite dans un délire fascisant où les rapports humains et politiques n’existent plus que soumis à l’intérêt supérieure de la puissance nationale.

On en vient logiquement à considérer que l’intérêt darwinien supérieur de la nation est même mieux incarné par un dictateur que par une alternance démocratique ou une volonté populaire. Quelle idée pour le peuple Syrien de demander sa liberté puisque Assad garantit que la Syrie reste une pièce maîtresse du grand jeu d’échec dans l’alliance stratégique nécessaire avec l’Iran et le Hezbollah ? (exprimée naïvement par Assad lui même dans une interview à WSJ où l’intéressé assure que son pays sera épargné par la vague révolutionnaire puisque sa politique étrangère est hostile à Israel)

Ainsi « l’Occident » sans distinction entre France, Allemagne, GB ou Etats-Unis, sans distinction même entre France de Sarkozy et France de Hollande ni entre Bush ou Obama ou entre gauche ou droite : « l’occident » comme force géopolitique, « La Syrie », « Israel », « L’Iran », « La Turquie » deviennent des personnes amorales se livrant un jeu de darwinisme social sans que jamais une opposition, une liberté, une alternance démocratique ou une révolution ne vienne troubler leur jeu d’échec. Il n’y a pas de Syriens, d’Israéliens, d’Iraniens ou de Turques avec leur liberté de pensée et d’agir, leur divisions politiques, leurs clivages idéologiques, leur diversité, leur individualité, leur divergence d’opinion mais un corps étatique uni soumis à la froide logique d’un intérêt impérial amoral. Et qui permet de finir par dire, comme Alain Gresh que « Leur [les occidentaux] stratégie s’inscrit dans une jeu géopolitique dangereux, dont les droits humains ne sont qu’une dimension. »

Essayez de parler droits de l’homme en Syrie vous serez l’agent impérialiste de l’occident au pire. Au mieux un fou naif pensant bêtement que la démocratie et la liberté peuvent s’appliquer à n’importe quel être humain sans distinction d’origine, de race ni de religion alors qu’on sait bien qu’au moyen-Orient… la géopolitique c’est plus compliqué.

En conclusion Alain Gresh finit sur une position en faveur de la négociation (déjà esquissée dans sa description favorable de la mission Annan). Une position que nous ne partageons pas mais qui a le mérite de s’exprimer clairement et de répondre à la question posée par le titre de l’article. On ne peut que rendre hommage à cette prise de position dans le contexte actuel des analyses sur la Syrie qui se contentent de postures cyniques et apocalyptiques dans leur écrasantes majorité.

Mais cette position se transforme en idéologie à la fin de l’article par la phrase suivante

«  qui oserait aujourd’hui encore appeler à la négociation, à une sortie de la violence, sans se faire taxer d’agent de la dictature syrienne (voire de Moscou, de Pékin ou de Téhéran) ? »

Alain Gresh ose et c’est tout à son honneur mais il cherche à couper l’herbe sous le pied de la critique ce qui est malhonnête : la position d’Alain Gresh en faveur de la négociation peut et doit être critiquée. Cette position sert les intérêts de la Dictature (Assad, Poutine, Qatar, KSA, Bahrein, Chine) en s’opposant à la Révolution (Egypte, Tunisie, Yémen, Syrie, Libye) qui ne peut aboutir qu’en cas de victoire total et inconditionnelle. La négociation, la transition pacifique, le compromis dont les exemples sont fournis par l’Egypte et le Yémen n’est pas une solution en soi et la révolution en Egypte, au Yémen et en Syrie se prolonge de toute manière jusqu’à la chute définitive et l’élimination du régime (ou alors par le massacre de tous les opposants). Car c’est l’essence même du processus révolutionnaire, un processus dans lequel la violence est inévitable. (ce sont les tout premiers mots des Damnés de la Terre de Franz Fanon: “la décolonisation est un processus violent”)

Nous nous opposons donc à la logique d’Alain Gresh qui dit que la négociation permettrait d’arrêter les massacres en disant que seule l’élimination révolutionnaire du régime d’Assad permettra de mettre fin aux massacres. Et nous disons bien « élimination révolutionnaire » qui n’est en aucun cas assimilable à la doctrine impériale du « changement de régime » malgré ce que la propagande d’Assad aidé de certains cyniques et de conspirationnistes paranoïaques veulent désespérément faire croire (avec le mantra: regardez l’Irak, la Syrie ca va être pareil). Une assimilation négationniste qui s’étend malheureusement, aidée d’orientalisme, de BHL, de l’héritage diplomatique de George Bush et de la volonté farouche du refus d’accepter le fait révolutionnaire et la réalité du génocide en Syrie.

C’est ainsi que débute l’article du monde dipomatique écrit par Marc de Miramon et Antonin Amado et dont Alain Gresh propose la lecture : « Syrie champs de bataille médiatique ». Ainsi « Nous voilà donc replongés avec Damas, à quelques nuances près, dans le scénario écrit pour Bagdad dix ans plus tôt. » écrivent les deux journalistes dont il est difficile de savoir comment ils en sont venus à s’intéresser à ce sujet. Le reste de l’article reprend les thèmes classiques qu’on peut trouver sur Infosyrie et autre sites conspirationnistes : l’OSDH ment et ses chiffres sont faux, les opposants sont infiltrés de djihadistes d’Al Quaeda, le « conflit » syrien est victime d’une domination médiatique de la part d’AJ et Al Arabyia, Bernard Henri Levy et Caroline Fourest disent que…, on présente les gentils révolutionnaires contre le méchant Assad alors que…

Le sommet est atteint avec la critique sur la propagation des rumeurs montrant que les auteurs n’ont semble-t-il jamais eu à faire la couverture journalistique d’un événement dans la région et à se confronter à la réalité du phénomène. Les rumeurs sont en effet inévitables, instrumentalisées et impossibles à vérifier dans l’immédiat. Nombreux sont ceux qui, préférant la recherches de solutions à la bête critique sur « les média dominant » ont développés des outils de vérification en temps réels originaux et efficaces comme Andy Carvin, les tunisiens de ch9alek.org ou Stéphanie Lamy sur la Libye. On a aussi la reflexion engagée par la BBC qui tente un rapport examinant la façon dont elle a couvert ce qu’elle nomme le “printemps arabe”.

Bref la révolution syrienne n’a rien de complexe mais sa couverture médiatique, en revanche est multiple, soumise aux idéologies, aux luttes de propagandes, au négationnismes, à l’orientalisme et s’inscrit dans une refondation et une révolutoion médiatique profonde qui mériterait vraiment mieux que les clichés conspirationnistes trouvés dans cet article.

Advertisements

Some positive realism about the future of post-Assad Syria

20 Jul

As Assad fall is approaching, we thought it might be a good idea to do some objective comments on what is going to happen in Syria.

Chaos and sectarian strife

This will happen, of course, everyone say it will and everyone is always right. Truth is, it will not last for long and will certainly will not be as big and as long as one may think. Actions will be taken against members of the Shabihas and, because these members are Alawis, the headline will be « Syria revenge against alawis ».

This phase although bloody will not last for long. For the simple reason that any war is followed by peace. France forgave collaborators, Germany forgave the Nazis, Rwanda forgave genociders etc. People forgive because they have no choice and there is no reason to assume that Syrian are different from other human beings. Neighbours have to live together no matter what and neighbours will live together in Syria as they do in any other country and as they did before Assad.

There will be, almost certainly in Syria a phase of cleansing from remnants of the old regime. Also revenge against shabihas that massacred families. And against traitors, neighbours who denounced neighbours and also innocents that will be wrongly held accountable for the regime’s wrongdoings. It is the case in every revolutionary / postwar instance. And it will not last as it did not last in any revolutionary / postwar instance. The fate of Syria is not a massive bloodshed after Assad fall, it is a massive national reconciliation and reconstruction effort.

However anyone who predicted chaos and destruction after Assad will put emphasis on this particular chaotic phase. Orientalist scholars, doomsday predicators, reactionnary pessimists, pro-assad consipartionists and islamophobic extreme right will all work together to present the future of Syria as horrible as they can.

The bloody phase will be emphasised in the news and every bad news announcing the forthcoming of the sectarian civil war will make headlines. Local and meaningful efforts of reconciliation will be given little attention in the media. Media narrative is going to focus on the origins of the victims and revenge perpetrators (Sunnis are killing Shias) on worrying prospects (what will happen to the chemical weapons) and on chaos and uncertainty rather than reconciliation and reconstruction effort.

It is what happened to Libya after Gaddafi: all emphasis put on militia fighting each other, Gaddafi’s weapon’s falling in the wrong hands and tribal rivalry. The first national elections in the country held peacefully and the only instance of a revolutionary country not to choose an islamic government has received very little attention.

Division in the opposition / not organised opposition able to take over

Division in the opposition is a very stated fact although very untrue. All the elements in the so called « opposition » are at present united for a very common and very simple goal : Assad has to go. Once that purpose is achieved, divisions will start to emerge again on who wants what for the future of Syria.

Analyst and commentators will say these divisions are the seed for the armed chaos and long lasting civil war to come. What they will forget to say however is that these division, in an unarmed context, are also the seed for the peaceful and fruitful democracy and mutipartism that could flourish in Syria.

These divisions are political and thus can be resolved in two ways :

1) The armed way were a long lasting civil war will happen « like in Lebanon » between political militias.

2) The peaceful way where these forces agrees to abandon the weapons, to agree on the formation of a political body to write a new constitution and to follow the rules of this constitution to fight democratically on the political arena.

Many are quick to say the first solution is inevitable. This belief lies upon two arguments (that are not really powerful when they are deconstructed)

The « inevitable » argument : it is inevitable because there is no way to avoid it. Like if the civil war, killing and fighting was a natural thing for the Arab. There will be sectarian war because there are multiple sects in Syria plain and simple. After a long and detailed description on what sect believes what coupled with a percentage and a number, the argument assumes that these sects will fight each other on sectarian basis.

Alawis are an ancient shia offshoot and represent 10% of the population and are supported by Iran Shia power and they are very different from sunnis…
Christians have a long last presence in the middle east and where protected by Assad’s regime so they are afraid of Sunni takeover…
Sunnis except for a small business elite have been oppressed under Alawi rule so now they seek revenge backed by Saudi Arabia and Qatar “sunni” power.
etc.

This argument reduces Syria to a simple aggregation of different sects held together by dictatorship and simply assumes that they will fight against each other as soon as the dictator is toppled. The fact that Syria is a country with history, flag, borders, currency, human citizens, political movements, historical independence struggle against colonial power, economy, cultural and intellectual production etc. is left aside. Only the sectarian and ethnico-religious aspect is considered.

What will happen is that the fall of the dictator will unleash all the forces who has been oppressed under dictatorship. It will also reduce the power of the forces that were used by the dictatorship for oppression. And the sects, tribes and Salafi terror groups will look very weak without a dictator to play their puppet-master. If anything, the sectarian divide will cease to widen with the absence of the dictator to widen it. On the other side, freedom of expression, political opposition, intellectual thinking will emerge with the end of the dictatorship. One can expect that syrian society perfectly knows sectarianism and salafi terrorist groups were used by the regime as tools of oppression and it is very possible that Syrian society fights to reject them as such.

The second dubious argument will say it’s going to be sectarian strife like in Irak, Lebanon or Libya.

Here is the consequence of a long Orientalist tradition that considers sectarian strife as natural in the middle east and disconnected from any political roots or colonial involvement. Also comparing Syria with Iraq and Lebanon negates the revolution as no revolution happened in those countries (yet).

In Irak the US empowered political opposition against Saddam on a sectarian basis for more than 10 years, then they invade the country and divided it in three sectarian part (one kurdish north, one sunni middle and one shia south) and the sectarian war happened. US did that because they think that it is how the Arabs are working so you have to treat them that way if you want to understand.
In Lebanon the civil war also was not as « natural » as it may seem. Once has to remember that Syria and Israel invaded the country and played militia proxy war in the country for very long.

Eventually Libya had a revolution and is doing surprisingly well but its success receives almost no media attention. There is a depressing lack of news on Libya for the only reason that no tribal war or country partition has happened yet. Syria can expect the same media treatment after Assad.

Now we have established that the sectarian civil war has not that much chance to happen, let’s examine the second solution : the peaceful one.

When Assad falls, many will drop their weapon and start rebuild the country. They will stop fighting simply because the main reason for them to fight is gone. Assad soldiers won’t fight for Assad when he is gone and FSA soldiers won’t fight against Assad when he is gone.

There are other reasons to fight that will keep some radical armed elements in the country (Shabihas will keep weapon just not to be killed, die hard regime supporters that will put their hopes on someone else, some salafis willing to establish an islamic state, some sectarian radicals seeking ethnic cleansing etc.) but these elements will be mathematically overwhelmed by the 20 million Syrians who wants to rebuild their homes so they can have a roof, and get the economy back so they can have food on the table.

The unity that held all FSA groups together against Assad can be transformed into the basis for a Syrian Army fighting against the civil war, disarming militias, keeping security in the country and prevent sectarian revenge.

Also radical elements are tied with the old regime narrative : Assad played the sectarian card, the salafi card, the Shabiha card etc. Assad did everything to empower them so they weaken the revolution. Although it is impossible to know for sure how these trends are rooted in the Syrian society, one has to keep in mind these trends are not natural nor cultural. They were political tools used by the dictatorship and no one can say they will survive after the dictatorship is gone.

To put it simple : the number of the people willing to put down the guns will outnumber the one who will want to keep it… as it did in Libya.

The new dictatorship 

There will be attempts from former regime members to perpetrate the system and establish a new « sunni » or whatever dictatorship. It comes from the outrageous number of comments and analysis that stated :

1) this is a Sunni rebellion against Alawi regime

2) Syria is incapable of / not ready for / not used to / not culturally suited for democracy

This analysis has prevailed in the Regime’s circles and propaganda and any late defector has this belief graved in his mind and will be unable to see Syria otherwise.
This is probably what the Tlass family are thinking along with other big heads of the regime who defected lately.
It is also the case for US diplomatic advisor, political analysts, Neighbouring powers etc.

Some will probably try to establish themselves or proxies as new dictators. It will be called « the new strongmen needed to lead the transition to democracy. » It is a very common argument that has been used by Saif al Islam in Libya, by the SCAF in Egypt and by Assad himself (reforming Syria since 2000). It failed every time proving that this argument is not really catchy for the Arab people unless it is backed by a powerful network of mukhabarat, state army and mafia police forces.

Such attempt will fail because a revolution is not done against one man but against his very throne. Maybe Assad inner circle can try to remove him and impose a new head as a smooth palace coop. There is no certitude that would stop the revolutionaries from continuing their fight until hated figures of the old regime are ultimately removed from power. In a revolutionary context, any power that does not match the will of the people will have to face demonstrations. If this new power chooses to suppress them, then revolution continues until dictatorship is entirely removed.

The extension of Syria crisis and threat to regional complex stability and alliances

Some analyst are also quick to get in deep and complicated geopolitical analysis over what is going to happen in the region. What will happen to the « Shia crescent » and to the Russian alliance and to the peace with Israel and to Qatar and Saudi? “Syria crisis could go beyond border” from that starting point, anyone can play with the very complicated middle eastern chess game.

This is what British colonialism described as “the great game”.

The expression and usages do not come from British colonialism by chance: the “great game” in the middle east is a colonial game.

Let’s be straight, the “great game” is over. Or at least it is on the way to end. Together with complicated geopolitical analysis of the middle east. The great game is a colonial expression and Assad’s end (together with other revolutions in the Middle East) is also the end of the long colonial era. If no dictator can control the people, then the complicated and secret shifts in geostrategical alliances are no longer to be applied. Revolution pushes Syria toward the end of colonialism and so goes the end of complex Geostrategical game played by foreign neocolonial powers.

Geostrategy is a science which, from its German school, gave to the Nazis the concept of Lebensraum. (The vital space needed for a state). We will publish more on that later but Geopolitics is based on interpreting powers and nations as if they were living Darwinist organism. In this science, the will of state power is one, unchallenged, uncontested and subjected only to state interests. There is no people, no citizens, no shift of policies between a left government and a right government. In other words, geopolitical analysis is perfect to apply to dictatorships and convey the idea of the superior interest of the nation-state or empire power.

With Assad gone, geopolitics in Middle East becomes much less relevant than before. There is no longer a complicated chess game between power but the emergence of the people’s will as a game changer.

The middle east is no longer a chess game but the battleground of two forces: one revolutionary and democratic, the other neocolonial, anti revolutionary, absolutist and oppressive. Difference is not between Russian and US’s interests. Both are fighting the same neocolonial fight and Russia is doing with Assad what US are doing with Israel establishment. Both imperialisms are trying to reimpose their opposition to the revolution by claiming to help some while helping repressing other. But ultimately revolution can be considered as a third power that is fighting both imperialisms together.

Tunisia revolution fuels Egypt revolution fuels Yemen revolution fuels Syria revolution fuels Bahrein revolution fuels Saudi Arabia revolution fuels Israel’s revolutionary movement. Repression of a movement in any of these places helps absolutist and repressive power in every other. Difference between who is backed by Russia and who is backed by US thus, became completely irrelevant to understand the future of the middle east.

With Syria getting rid of Assad we get closer to a very simplified middle east where basic class fight applies: rich/poor, elite/people, dictatorship/freedom. Of course, this simplification is threatening hundreds of thousands of people all over the world (regimes benefactors, elite, self proclaimed experts in the middle east in the Media, orientalists diplomatic advisers, foreign neocolonial interests, reactionary forces all over the world, extreme right movements, herds of conspirationists sheep). This is why these people all agree to start their analysis by “it’s more complicated”.

Alex Thomson claims he was trapped by Syrian rebels: an ideology that is named negationism

18 Jun

Alex Thomson is Channel4 correspondent. He went into Syria with an official visa and followed UN observers to Qusayr. There, he was in contact with rebels. According to him, rebels led him in trap so he can be killed by the Syrian army. Here is the story on his blog.

The problem in his story is not in the scoop in itself (rebels trying to make him killed by the regime so Assad get to look bad) which seems possible. But the story appears to be extremely ideological and this trend to doubt the authenticity of what Alex Thomson claims is true.

The Irish UN officer in charge,Mark Reynolds, came over: “Usual rules Alex OK? We’re not responsible for you guys. If you get into trouble we’ll leave you, yes? You’re on your own.” “Yup – no problem Mark. Understood.”
I always say that, sort of assuming it will never come to that in any case.

In these first lines is already something bothering. Going to cover a war zone precisely implies that one is going to get into trouble and there will be danger and risks. This risk is taken by the journalist because it is part of his job to risk his life to get the information out to the world. But if Alex thinks this risk does not exist, what does that tells us about his ethics. What exactly is doing Alex Thomson in Syria thinking he will not get into trouble? Is he ready to take the role of the journalist who risk his life in the sake of the information? He wants to go to Qusayr in the “rebel” zone with the UN.

After a long and dusty half-hour of tracks across olive groves, we arrive at al Qusayr, to the predictable crowd scene.

“The predictable crowd scene” is the first expression of Alex’s ideology. For him, it is a “crowd scene”, a gathering with no individuals, no human beings, no motives, no slogans, no speech or voice, just a “crowd scene”. This is how Alex conceives what is probably a gathering of civilians shouting to the UN observers their suffering from the massacres. These “predictable crowd scenes” are an essential part of the information and of history. They are the proofs of the massacres, of the UN powerlessness but also proofs of UN presence so these massacres are not committed without the world knowing. Men and women who lost sons, daughters, fathers, mothers and sisters, who get slaughtered and they want to tell the UN observers: a “predictable crowd scene”…

How is this scene so predictable? Does Alex thinks these massacres are so numerous that they became common? Why not tell anything about it so? Does he thins it is a game that these people are playing? Rushing to UN observers like kids? Does Alex refers here to the general trend of the Arabs to produce these kind of scenes and to give these kind of images? These people are so predictable, they do not have suffering, no pain, no reasons, no condition, they do not even exist. This is not even a real crowd with real human beings in it but only a scene, transient and melodramatic, just for the show. And Alex thinks it is not even a good show: it is predictable, the scenario is badly written so Alex will try to write a better one.

The UN settles down for a long meeting with the civilian and military leaders here. It looks much like an Afghan “shura” to me. Everyone is cross legged on the cushions around the room, except it is Turkish coffee passed round rather than chai.

This meeting who may have some very interesting informations is also considered as a common oriental scene without any kind of interest. Who are these leaders? How many civilian leaders? How many military leaders? What is the difference between the two? What do they say? Alex is not interested. For him it is an Afghan “shura” like any other. These people are all the same, tribal culture and sitting cross legged on the floor except some are drinking tea and other are drinking coffee. It is the only difference for Alex. Revolutionary leaders meeting UN observers for a whole afternoon in the middle of Syria is not at all surprising because… he saw the same scene in Afghanistan. A tribal Afghan = a revolutionary Syrian, one drinks tea, the other drinks coffee but the fact that they are all sitting on cushion on the floor makes them automatically similar cases.

Alex does not ask himself for one second about any difference: political, national, language, personal, individual or historical. « Looks like an Afghan shura to me » been there, done that… What these people say or what topics they are discussing has absolutely no kind of interest. These are savages sitting on the floor drinking hot beverages.

We settle down to filming outside. The women and boys bring us oranges and chairs in the heat. Shell fragments are produced to be filmed. They explain how the shelling will begin again as soon as we leave – a claim which, by its nature, must remain untested, though there is certainly extensive shell damage in some parts of town here.

Note here that Alex is posing the scene as completely normal. Not a single word or nice adjective in his paper thanking these people who offer him oranges and chairs (so he does not have to sit on the floor like a savage). However, Alex has to stress that the information he is given together with the oranges “by its nature must remain untested”. Choice of the word “untested” is curious though this claim has indeed been tested on multiple occasion. Shelling do arrive as soon as the UN leaves a village. But it is “by its nature” that Alex rejects this information and indicates that it “must” remain rejected despite any proofs he is given.

So we while away the time, waiting for the UN to move – they’re the only way across the lines with any degree of safety of course.

Here and together with the previous paragraph, Alex indicates clearly what he is doing in Syria. He does not come to look for information as he rejects the informations that he is given. He does not care about what the UN is doing as he only sit his ass on a chair eating oranges and waiting for the UN finishes so he can move. What Alex wants to do is to use the UN as a shield so he can cross the lines. This could have an interest if the journalistic goal was to follow the work of the UN observers but Alex has already indicated he could not care less about what the UN is doing.

Alex wants to willingly go in the middle of fire lines but protected by the UN. Alex wants the no man’s land. The grey area in the middle of “both sides” at an equal distance between them. From there he can say: here things are grey, both sides are firing each other in a perfectly equal manner and with perfectly equal motivations with no consideration whatsoever for the weapons or the cause of any of both sides. Both sides can be there melted together in indistinct grey. It is what Alex wants as a scoop and is is predictably what he is going to find because, in a very logical manner, when you go sit in the middle of a no man’s land you are going to get bullets from everyone.

Alex Is impatient. He is visibly not here to listen to the testimony of the inhabitants or to film any proof of the shelling. He does not really believe in these anyway.

But time drags. Our deadline begins to loom.

This very sentence shows all the extent of contempt Alex has toward the situation and the life of the people around him to their very existence. Alex’s “deadline” is more important of course than these meetings between revolutionaries and the UN. His little stupid scoop consisting in going filming bullets in the middle of crossed line of fire is more important than anything revolutionaries have to say to the UN or even the life of people around him. He was duly told that shelling will begin again as soon as UN leaves. This “time drags” is for now the very surviving of the people who gave him oranges but Alex does not even conceive it.

And there’s this really irritating guy who claims to be from “rebel intelligence” and won’t quite accept that we have a visa from the government. In his book foreign journos are people smuggled in from Lebanon illegally and that’s that. We don’t fit his profile.

Here was also an interesting information discarded as a “claim”: revolutionaries have sat up an intelligence service. But for Alex it is another unverifiable “claim” he will not bother to verify. Alex is here again extremely disdainful toward this man and all the stakes that constitutes the verification of his ID. « in his book », Alex knows it completely without needing to read a line. He won’t even imagine that the suspicion about his official visa can be justified. Here Alex lies by omission.

Let’s get back to how things are in the reality: Alex arrives in rebel zone with an official stamp from Bachar al Assad and a van and crew coming directly from Damascus. It could be somehow justified that revolutionaries are getting a bit suspicious. The very meaning of this official stamp indicates Alex is going to give equal credit to “both sides”. An activity which, by its nature, is going to harm the rebel’s cause. This rebel that Alex considers dumb and annoying knows perfectly what the regime does when they deliver an official visa to a foreign journalist. In a very legitimate way, he is suspicious toward the journalist who has agreed to play Assad’s game. He also has to protect himself, his family and friends and his revolutionary cause from any infiltration by Assad’s agents and Alex with his official visa is a suspect. In truth, Alex takes the regime sides and here is how:

First, he supposes that the regime visa is valid for all Syrian territory and indicates that he does not find normal that it becomes suspect in rebel zone. Here it is not normal that one does not accept the official stamp. Just by labelling the ID verification as “annoying”, Alex indicates that he thinks Assad’s flag is supposed to fly over all Syria.

Also Alex led his reader to think that the regime never used any journalist nor did it infiltrate any agent in rebel zone disguised as foreign journalists. A story duly told by Jonathan Littell in his Carnets de Homs. Such a stratagem is completely probable and Alex is lying by omission when he refuses to acknowledge that revolutionary has perfectly good reasons to verify his ID.

Eventually Alex does no conceive one moment what could happen in a reversed case: a case where he would come to Damascus from the rebel area with no official stamp on his passport. He would of course be arrested, probably tortured and most certainly knows it would be crazy just to think of trying the experiment. However he found completely normal to try the experiment in this way: from regime official to rebel area is a profile completely acceptable in his eyes and he finds a bit annoying to be asked questions.

Tired of waiting for the useless UN to end their useless cushion-on-the-floor meeting, he takes the initiative.

We decide to ask for an escort out the safe way we came in. Both sides, both checkpoints will remember our vehicle.

Simply, Alex is incredible. After having written that the UN convoy was the only way with a certain degree of safety, he asks to the one guy who thinks he is a regime agent for a rebel escort to got back to the other side. It comes hard to understand what Alex thinks is the situation here: revolutionaries are going to escort him nicely to the last rebel check point and then he is going to simply drive to the army checkpoint praying for everyone to remember his vehicles and that no one questions to hard the little trips he takes between them?
If it is really the case why ask for a escort for that?

Actually Alex is here building carefully the scenario that is going to happen to him: please could you escort me to the middle of the no man’s land so I can get shot at?

Suddenly four men in a black car beckon us to follow. We move out behind. We are led another route. Led in fact, straight into a free-fire zone. Told by the Free Syrian Army to follow a road that was blocked off in the middle of no-man’s-land.

Remember Alex just asked for an escort. SO maybe these 4 men in a black car could be his escort but he does not indicate any such thing. Alex is in the middle of the no man’s land on a blocked road which was exactly the location where he wanted to go initially. FSA told him this road because it is the road whare he wants to go: Alex wants to pass check points from both sides and predictably there is going to be an area between them that is called a no man’s land and where both sides fire on sight. And predictably the 4 guys in the black car are not going to risk their lives under a rain of bullets to protect the imbecile who wants to go get stuck in the middle.

So Thomson get shot at, he is really really afraid and turns back.

Predictably the black car was there which had led us to the trap. They roared off as soon as we re-appeared.

« Predictably » again. For Thomson this car is waiting “predictably” because he does not want to think of any other possibility. It was predictable this car would be here because it was what Thomson predicted. Maybe this car just waited for Thomson to make a very predictable drive back as soon as he would realise that one get shot at when one gets in the no man’s land. Called a no man’s land for a reason. Maybe this car was checking if he was alive? Alex does not want to think about that. The only reason for this car to be here was that it was predicted. The duality and treason of the Arab is just as predictable as the “crowd scene” , it is in their nature.

I’m quite clear the rebels deliberately set us up to be shot by the Syrian Army. Dead journos are bad for Damascus.
That conviction only strengthened half an hour later when our four friends in the same beaten-up black car suddenly pulled out of a side-street, blocking us from the UN vehicles ahead.
The UN duly drove back past us, witnessed us surrounded by shouting militia, and left town.
Eventually we got out too and on the right route, back to Damascus.

Here is the scoop Alex wanted all along. He went into the no man’s land from the rebel zone, get shot at and so concludes the rebels led him into a trap. That the regime fired on him is no problem at all, still rebels fault. His conviction is reinforced because the rebels prevented him from following the UN half an hour later. For him it is part of the plan. Maybe the rebels just prevented him from getting shot at a second time. Maybe they took the time to negociate a safe passage for him so he could go back to Damascus. Curious enough there is absolutely no detail whatsoever on how he got back. “Eventually we got out too,” funny how time drags now. How? why? at what time? in what conditions? Nothing. Alex wanted to go in the no man’s land and thought that this little tribal meeting was taking too long so he decides to go alone, gets shot at, comes back and finds a conspiracy in the fact he is not allowed to go back with the UN after all.

But of utmost importance is the conclusion Alex wanted that is a model of ideological construction:

In a war where they slit the throats of toddlers back to the spine, what’s the big deal in sending a van full of journalists into the killing zone?
It was nothing personal.

First, Alex put his little fear in perspective of the massacre of 100 people. For him, these things arrive in a war where “they” slit throats so it is normal that “they” send journalist to death. In this general “they”, of course, it is implied that the same “they” are responsible for both events. “They” in Alex story are the revolutionaries and he identifies them clearly as responsible. Then, Alex spreads the idea that “they” are also responsible for the massacre just by not defining who are these “they” who slits throats.
« it was nothing personal » in the form of a paternalist “it is normal”. They, these people, undistinct, with no soul who kills and massacre themselves with no cause nor guilt tried to get me killed but it is not personal. It is in their Arab nature to do that, who am I to judge? They are like that, the situation is like that and Alex is filled with empathy and understanding for the savage nature of the Arab savages.

Alex’s ideology is this: these people (let’s call them arabs but maybe also Afghans who looks very much like them), these people massacre and get journalists massacred. With no cause, no reasons, no revolution, no politics, no surprise (“predictable”). And this is what a war zone looks like in the middle east: all the same, all without any other cause or any other reason than being the nature of the middle east.

And it is this ideology that Alex is going to promote in an interview with Russia Today where he details his story.
Now let’s say for people not as familiar with the media world as is Alex Thomson that going to be interviewed by Russia Today (Putin’s TV) is not completely innocent from an ideological point of view.

In the interview, what comes out the most is the word “both sides” which appears no less than 10 times so he can penetrate deeply in the brain. Let’s examine the passages where “both sides” occurs so we can grasp the ideas hidden behind this “both sides”

Russia Today : Thomson’s mission to Syria was unique in a way, as he was reporting on both sides of the conflict, interviewing both Assad loyalists and rebels (this is introduction)

‘Both sides involved in very dirty tactics’ (this is the title of the interview written very very big)

AT : By and large, when we spoke to Syrian people on both sides of the war, they were pretty honest and pretty straightforward in their assessments of the situation. That was the situation in places like Homs, on both sides, in Houla, on both sides. It was certainly the case on one side in al-Qubair. But when we got to the rebel side of al-Qubair, there was something different and for the first time, we encountered a degree of hostility and suspicion about us, because they had never seen foreign journalists who had a visa from Damascus, who were in the country legally, not illegally. And that immediately aroused suspicion on their part. »

Here, “both sides” is used to show how rebels are different. It is “both sides” all the time until Qusayr where suddenly rebels are not “both sides” at all. After having strike a perfect balance, Alex uses al Qusayr to unbalance things is disfavour of the rebels.

 It is very unusual, almost unheard of, to do the kind of things that we were doing, which is to go from Damascus, cross the lines with the Red Cross and Red Crescent, and talk to both sides.

What Alex is doint is actually very well known and he is not the first to try the “both sides” with a visa from the regime. All those who tried this had the open goal of putting Assad’s regime and rebels on the exact same plan. It is an ideological manipulation as proven by the next question from Russia Today:

RT: So can it be that your willingness to talk to both sides was the reason why the rebels wanted to set you up?

Let’s translate: Is it because the rebels did not accept this ideology that you get yourself into danger? And the anwser of Alex Thomson which should be carved in stone:

AT: That’s certainly possibly the case.

In the “both sides” ideology, things can certainly become possible…

(…)  I’m not angry about it, I’m not upset about it, this is a war and these things will be done. Both sides are involved in very dirty tactics in this war. This is a nasty and dirty war on both sides.

Here “both sides” is uses clearly to make the rebels responsible (but not guilty) of the “very dirty tactics”

RT: So are Assad’s troops mostly responsible for this violence?
AT: No, it’s a war. Both sides are responsible.

Here clearly Both sides is used to take the direct defence of Bashar al Assad. “both sides” and “it’s a war” are used to answer a firm “no” to the question of Assad’s troops responsibility in the violence.

One can conclude from that analysis of Alex’s ideology that his little adventure does not constitutes an irrefutable and objective proof but an ideological story of an adventure more wished than lived and looking to balance the rebels and the regime. This balance once stroke is unbalanced in disfavour of the rebels because it is on this story that Alex tries to get the media focus.

Clausewitz, the one who gives the war a definition told us that “war is the continuation of politics by other means”. To eliminate all politics from the journalistic cover of a war by putting “both sides” on the same level is a ideological negation of the reality. It implies that there are no killer nor victims, no innocents nor guilty, no oppressor nor oppressed, no master nor slaves, no genocide maker nor genocide victims…

This ideology is called negationism

And your ideology, Alex, has to be fought against, nothing personal.

Alex Thomson envoyé à la mort par les rebelles syriens, en fait de l’idéologie négationniste

17 Jun

Alex Thomson est le correspondant de Channel 4. Il est entré en Syrie avec un visa officiel et a suivi les observateurs de l’ONU à Qusayr. Là il est entré en contact avec des rebelles qui l’ont attiré selon lui dans un traquenard pour essayer de le faire tuer par l’armée officielle. Ici son récit sur son blog.

Le problème de son récit n’est pas dans le scoop en tant que tel (les rebelles ont essayé de tendre un piège à un journaliste occidental) qui est possible mais surtout que ce récit est profondément idéologique ce qui permet de mettre en doute son authenticité.

The Irish UN officer in charge,Mark Reynolds, came over: “Usual rules Alex OK? We’re not responsible for you guys. If you get into trouble we’ll leave you, yes? You’re on your own.” “Yup – no problem Mark. Understood.”
I always say that, sort of assuming it will never come to that in any case.

C’est dès les premières lignes qu’apparaît le problème. Aller couvrir une zone de guerre suppose précisément qu’on se met en danger et qu’il y aura des problèmes. Ce risque est assumé car la fonction du journaliste est (aussi) de se mettre en danger pour rapporter de l’information mais si Alex assume que ce danger n’existe pas, sa fonction et son éthique de journaliste est à remettre en cause : que va faire Alex Thomson en Syrie pensant qu’il ne lui arrivera rien ? Est il prêt à assumer l’éthique du journaliste se mettant en danger pour le droit à l’information si ce danger n’existe pas dans son esprit ? Il veut aller à Qusayr en zone rebelle avec l’ONU.

After a long and dusty half-hour of tracks across olive groves, we arrive at al Qusayr, to the predictable crowd scene.

The predictable crowd scene est la première expression de l’idéologie de Alex. Pour Alex c’est une « crowd scene » un attroupement. aucun individu, aucun être humain, aucun motif, aucun slogan, aucune parole, juste une « scène de foule ». C’est ainsi qu’Alex conçoit ce qui est probablement un rassemblement de civil hurlant les souffrances de leur massacres aux observateurs de l’ONU. Ces « predictable crowd scene » sont des éléments essentiels de l’information et de l’histoire. Elles seront les preuves des massacres, de l’impuissance de l’ONU mais aussi de sa présence et que ces massacres ne se sont pas fait à huis clos. Des hommes et des femmes qui ont perdu des fils, des filles, des pères, des mères qui se font cordialement massacré et qui cherchent à le dire aux observateurs de l’ONU impuissant : une predictable crowd scene…

En quoi est-elle predictable ? Est-ce que Alex pense que les massacres sont tellement nombreux qu’ils en sont devenus un lieux communs ? Pourquoi ne pas le dire ? Est-ce qu’il pense que c’est un jeu que joue ces gens : se ruer sur les observateurs ? Ou alors est-ce que Alex fait référence à la tendance générale de l’arabe à former ce genre de scène, à donner ce genre d’image ? Ces gens sont tellement prévisibles, ils n’ont pas de peine, pas de souffrance, pas de raisons, pas de condition, ils n’existent même pas. Ce n’est même pas une foule avec des humains mais une scène de foule, éphémere et théatrale, juste pour le show. Alex n’est même pas divertit c’est “predictable”, il trouve que le scénario est mal écrit. Il va donc essayer d’en écrire un meilleur.

The UN settles down for a long meeting with the civilian and military leaders here. It looks much like an Afghan “shura” to me. Everyone is cross legged on the cushions around the room, except it is Turkish coffee passed round rather than chai.

Le meeting qui aurait pu peut-être révéler certaines informations intéressantes est lui aussi évacué comme une scène orientale classique et donc sans intérêt. Qui sont ces chefs, combien de chefs civils, combien de militaires, quelle est la différence entre les deux, que disent-ils ? Alex n’est pas intéressé. Pour lui c’est une « shoura » afghane comme une autre, ces gens sont tous les mêmes, tribaux et assis par terre sauf que les uns boivent du thé et les autres du café. C’est la seule différence aux yeux d’Alex. Qu’une assemblée de chefs révolutionnaires se tienne pendant une heure avec des observateurs de l’ONU en plein milieu de la Syrie ne l’étonne pas du tout car… il a vu la même scène en Afghanistan. Un tribal afghan = un révolutionnaire Syrien, les uns boivent du thé, les autres du café mais le fait qu’ils s’assoient en rond sur des coussins en font automatiquement des cas similaires. Alex ne s’interroge pas une seule seconde sur aucune différence : politique, nationale, linguistique, personnelles, individuelles ou historique. « looks like an Afghan Shoura to me » et j’en ai déjà vu alors celle là ou une autre… Ce que ces gens disent ou font ou de quoi ils discutent ou pourquoi ils meurent n’a aucun intéret. Ce sont des sauvages assis par terre en buvant des boissons chaudes…

We settle down to filming outside. The women and boys bring us oranges and chairs in the heat. Shell fragments are produced to be filmed. They explain how the shelling will begin again as soon as we leave – a claim which, by its nature, must remain untested, though there is certainly extensive shell damage in some parts of town here.

Notons qu’Alex pose la scène comme parfaitement normale et naturelle. Pas un mot ni le moindre adjectif de remerciement dans son papier pour des gens qui sont venus offrir des oranges et des chaises (afin que lui ne soit pas assis par terre comme un sauvage). Par contre Alex précise que l’information qui lui est offerte en même temps que les oranges « doit par sa nature même » rester « untested ». Le choix du mot « untested » est curieux, il se trouve que cette affirmation a bel et bien été testée en de multiples occasions : les bombardement arrivent dès que l’ONU quitte un village. Mais c’est par nature que Alex la rejette et indique qu’elle doit être rejetée malgré les preuves qu’on lui apporte.

So we while away the time, waiting for the UN to move – they’re the only way across the lines with any degree of safety of course.

Ici et avec le paragraphe précédent, Alex indique très clairement ce qu’il vient faire en Syrie. Il ne vient pas chercher des informations puisqu’il rejette celles qu’on lui offre. Il ne s’intéresse pas à ce que fait l’ONU puisqu’il se contente d’attendre qu’ils aient fini pour bouger. Alex veut utiliser l’ONU comme un bouclier pour passer d’une ligne à l’autre. Cela aurait une certaine utilité si le but journalistique était de suivre le travail des observateurs mais Alex indique bien qu’il s’en fiche éperdument. Alex cherche volontairement à se retrouver entre deux lignes de tirs, mais protégé par l’ONU. Alex veut le no man’s land, la zone grise où il sera au milieu, entre les « deux côtés » à égale distance et d’où il pourra se permettre de dire : ici c’est gris, les deux côtés tirent l’un sur l’autre de façon parfaitement égale avec des motivations parfaitement égales sans aucune considération pour l’arme ou la cause d’aucun des deux camps, fondus ensemble dans un gris indistinct. C’est ce qu’Alex recherche comme scoop et c’est évidemment ce qu’il va trouver puisque, de façon très logique, lorsqu’on se pose au milieu d’un no man’s land on se fait tirer dessus par tout le monde. Alex s’impatiente, il n’est visiblement pas là pour entendre le témoignage des habitants ni filmer les preuves des bombardements auxquelles il ne croit pas vraiment.

But time drags. Our deadline begins to loom.

Cette phrase à elle seule porte toute l’étendue du profond mépris d’Alex à l’égard de ce qu’il vit et des gens chez qui il est, de leur existence même. Sa « deadline » est plus importante évidemment que ce meeting entre les chefs révolutionnaires et l’ONU. Son petit scoop merdique d’aller se mettre en danger sous les balles est plus important que le travail de l’ONU ou que ce que les révolutionnaires ont à dire où même que la vie des gens qui l’entourent. On lui a pourtant précisé que ça allait bombarder dès qu’il serait parti. Ce « time drags » qui met en danger sa « deadline » est encore la seule garantie de survie des gens qui lui ont offert des oranges mais Alex ne semble même pas le concevoir.

And there’s this really irritating guy who claims to be from “rebel intelligence” and won’t quite accept that we have a visa from the government. In his book foreign journos are people smuggled in from Lebanon illegally and that’s that. We don’t fit his profile. »

Il y avait pourtant ici encore une info particulièrement intéressante : Les révolutionnaires ont un service de renseignement. Mais pour Alex c’est encore un « claim » invérifiable et surtout ne méritant pas d’être vérifié. Alex est encore profondément méprisant à l’égard de cet homme et des enjeux que constitue la vérification de son identité. « in his book », Alex le connaît en entier sans l’avoir lu et ne prendra même pas la peine d’imaginer que la suspicion sur son visa officiel puisse être justifié. Ici Alex ment volontairement par omission.

Remettons les choses dans l’ordre : Alex se pointe en zone rebelle avec un visa officiel du régime et un van qui vient directement de Damas. C’est assez normal que les révolutionnaires se méfient : la simple présence du Visa indique déjà que Alex entend donner un poids équivalent aux fameuses « deux versions » ce qui par nature va nuire à la cause des révolutionnaires. Ce révolutionnaire que Alex prend pour un imbécile sait très bien ce que le régime fait lorsqu’il donne un visa officiel à un journaliste étranger et il est donc légitimement suspicieux sur la présence d’Alex qui a accepté de jouer ce jeu là. Il cherche à se protéger, lui, les siens et sa famille et sa révolution des infiltration des agents du régime et Alex, avec son visa officiel est suspect. Alex en réalité prend ici parti pour le régime.

D’abord il suppose que le visa du régime vaut pour tout le territoire et indique qu’il ne trouve pas normal qu’il soit suspect en zone révolutionnaire. Ici ce n’est pas normal qu’on n’accepte pas le tampon officiel. Rien qu’en décrivant la vérificationd’identité comme annoying, Alex indique qu’il pense que le drapeau d’Assad doit flotter sur toute la Syrie.

Ensuite Alex suppose que le régime n’a jamais instrumentalisé de journaliste ni jamais infiltré d’agents en zone rebelles en les faisant passer pour des journalistes étrangers. Une histoire pourtant relatée par Jhonatan Littel dans ses carnets de Homs. Des journalistes avec visa officiel prenant parti pour le régime ou le régime essayant d’infiltrer les zones rebelles avec ce stratagème, c’est parfaitement probable et Alex ment par omission en refusant de le mentionner les raisons du révolutionnaire de vérifier son identité.

Enfin Alex ne conçoit pas un seul instant ce qui pourrait se passer dans le cas inverse : le cas où il se pointerait à Damas sans visa officiel. Il serait évidemment arrêté, probablement torturé et vraisemblablement sait qu’il serait complètement fou de tenter l’expérience dans ce sens. Par contre, il trouve parfaitement normal de la tenter dans le sens inverse : se balader en zone rebelle avec un visa du gouvernement c’est un profil tout à fait acceptable et c’est « annoying » qu’on lui pose des questions. Lassé d’attendre il prend l’initiative:

We decide to ask for an escort out the safe way we came in. Both sides, both checkpoints will remember our vehicle.

Il est fantastique Alex Thomson tout de même. Après avoir écrit noir sur blanc que l’ONU était « the only safe way » il décide de demander à celui qui visiblement le soupconne d’être un agent du régime de lui fournir une escorte pour retourner de l’autre côté. C’est difficile d’imaginer ce que Alex conçoit exactement de la situation : les révolutionnaires vont l’escorter gentillement jusqu’au dernier check point rebelle et puis ensuite il va passer tranquillement jusqu’au check point de l’armée en priant pour que tout le monde se rappelle son véhicule et supposant qu’aucun camp ne trouve louche qu’il se ballade entre les deux ?
Si c’est vraiment le plan, pourquoi alors demander une escorte ?
Alex ici est en train de construire exactement ce qui va lui arriver : s’il vous plait, escortez moi jusqu’à ce que j’aille me faire tirer dessus par le régime dans le no man’s land.

Suddenly four men in a black car beckon us to follow. We move out behind. We are led another route. Led in fact, straight into a free-fire zone. Told by the Free Syrian Army to follow a road that was blocked off in the middle of no-man’s-land.

Alex vient de demander une escorte, il semble que ces 4 men in a black car soit son escorte mais il n’en indique rien. Alex est au milieu du no man’s land sur une route bloquée ce qui est précisément l’endroit où il voulait aller à l’origine. Les FSA lui ont indiqué d’aller sur cette route parce que c’était la route où il voulait aller : il veut repasser les check points des deux cotés, fatalement, il y a un moment entre les deux où c’est un no man’s land où ça tire à vue. Et fatalement les 4 types en voiture noire ne vont pas aller se prendre une pluie de balle pour protéger un imbécile qui veut aller au milieu.

Thomson se fait donc tirer dessus, il a très très peur et fait demi tour.

Predictably the black car was there which had led us to the trap. They roared off as soon as we re-appeared.

« Predictably » de nouveau. Pour Thomson, cette voiture attend de façon prévisible car il ne veut pas penser à aucune autre possibilité. C’est simplement prévisible que la voiture soit là parce que c’était ce que Thosmon prévoyait. Peut être que la voiture a attendu le retour de Thomson qui allait faire un demi-tour parfaitement prévisible en s’appercevant qu’au milieu du no man’s land on se fait tirer dessus. Peut être que cette voiture attend pour vérifier qu’il est en vie ? Alex n’y pense pas, la seule raison pour cette voiture d’attendre son retour est que c’était prévisible qu’elle soit là. La dualité et la traîtrise de l’arabe est aussi prévisible que la « crowd scene », c’est dans leur nature.

I’m quite clear the rebels deliberately set us up to be shot by the Syrian Army. Dead journos are bad for Damascus.
That conviction only strengthened half an hour later when our four friends in the same beaten-up black car suddenly pulled out of a side-street, blocking us from the UN vehicles ahead.
The UN duly drove back past us, witnessed us surrounded by shouting militia, and left town.
Eventually we got out too and on the right route, back to Damascus.

Là est le scoop que voulait Alex. Il est allé dans le no man’s land à partir de la zone rebelle, s’est fait tirer dessus et donc conclu que les rebelles l’ont attiré dans un piège. Aucun problème que le régime lui tire dessus, c’est la faute des rebelles. Sa conviction est renforcée car ensuite les rebelles l’ont empêché de suivre l’ONU. Pour lui ça fait partie du plan. Peut-être que les rebelles ont simplement empêché Alex de retourner se faire tirer dessus une demi-heure plus tard. Peut être que les rebelles ont pris le temps de lui négocier un passage sans risques avec l’armée de façon à ce qu’il puisse retourner à Damas. Curieusement, il n’y a pas un mot sur la façon dont il est revenu. « eventually we got out too » comment, pourquoi, à quelle heure, dans quelles conditions ? Rien. Alex voulait aller dans le no man’s land avec l’ONU et trouvait que ce petit meeting tribal durait un peu longtemps alors il a décidé d’y aller seul, il s’est fait tirer dessus, il revient et trouve conspiration dans le fait qu’on ne le laisse pas repartir avec l’ONU directement.

Mais c’est surtout la conclusion à laquelle voulait arriver Thomson qui est un modèle d’idéologie:

In a war where they slit the throats of toddlers back to the spine, what’s the big deal in sending a van full of journalists into the killing zone?
It was nothing personal.

D’abord, Alex met en perspective sa petite aventure personnelle (de laquelle il sort sain et sauf) avec le massacre de 100 personne. Pour lui ces choses arrivent dans une guerre où « ils » coupent des gorges donc normal qu’ « ils » envoient des journalistes se faire tuer. Dans ce « ils » indistinct, évidemment, on sous entend que le même « ils » sont responsable des deux événements. « Ils » dans l’histoire d’Alex ce sont les rebelles et il les identifie clairement comme responsables. Puis Alex diffuse l’idée que « ils » sont responsable aussi du massacre sans clairement définir qui « ils ».

« it was nothing personal » en forme de c’est normal. Ils, ces gens, indistincts, sans âme, qui se tuent et se massacrent sans cause ni culpabilité cherchent à me faire tuer ce n’est pas personnel. C’est dans leur nature d’arabe de faire ce genre de chose, on se tue et se massacre sans rien de personnel, c’est juste qu’ils sont comme ça, la situation est comme ça1 Alex ne leur en veut pas dans un grand élan d’empathie et de compréhension pour la nature sanglante de ces gens moyenâgeux.

L’idéologie d’Alex et de son « nothing personal » est celle ci : ces gens (les arabes dirons nous mais peut-être aussi ces Afghans qui leur ressemble) ces gens là massacrent et font massacrer des journalistes. Sans cause, sans raison, sans révolution, sans politique, sans surprise (« predictable ») et c’est à ça que ressemble une zone de guerre au moyen-orient, toutes semblables, toutes sans cause ni autre raison que la nature moyen-orientale qui crée ce genre de situation.

C’est cette idéologie que Alex va aller promouvoir ensuite sur Russia Today dans une interview où il détaille son histoire.

Rappelons pour ceux qui ne sont pas aussi familier du monde des média que l’est Alex Thomson qu’aller se faire interviewer sur Russia Today n’est pas du tout innocent sur le plan idéologique.

Dans l’interview, ce qui ressort c’est surtout le mot « both sides » qui réapparaît pas moins de 10 fois, histoire qu’il pénètre vraiment profondément le cerveau. Examinons donc les passages où Alex utilise cette idée de « both sides » pour regarder de plus près les idées qu’il amène dérrière.

RT : Thomson’s mission to Syria was unique in a way, as he was reporting on both sides of the conflict, interviewing both Assad loyalists and rebels (c’est l’introduction)

‘Both sides involved in very dirty tactics’ (c’est le titre de l’article écrit en très très gros)

AT : By and large, when we spoke to Syrian people on both sides of the war, they were pretty honest and pretty straightforward in their assessments of the situation. That was the situation in places like Homs, on both sides, in Houla, on both sides. It was certainly the case on one side in al-Qubair. But when we got to the rebel side of al-Qubair, there was something different and for the first time, we encountered a degree of hostility and suspicion about us, because they had never seen foreign journalists who had a visa from Damascus, who were in the country legally, not illegally. And that immediately aroused suspicion on their part. »

Ici le both sides est utilisé pour montrer que les rebelles sont différents. C’est « both sides » tout le temps jusqu’à Qusayr où là, les rebelles ne sont plus du tout both sides. Après avoir parfaitement équilibrer la balance, Alex utilise Al Qusayr pour la faire pencher en défaveur des rebelles.

 It is very unusual, almost unheard of, to do the kind of things that we were doing, which is to go from Damascus, cross the lines with the Red Cross and Red Crescent, and talk to both sides.

La pratique de Alex est en réalité ultra courante et il n’est pas le premier à tenter l’expérience du « Both Sides » avec un visa du régime. Chez chacun de ceux qui ont tenté l’expérience, la volonté de mettre sur un plan équivalent le régime et les rebelles était évidente. C’est une manipulation purement idéologique ainsi que le montre la question de Russia Today :

RT: So can it be that your willingness to talk to both sides was the reason why the rebels wanted to set you up?

En clair : est-ce que c’est cette idéologie que les rebelles ont refusé qui vous a mis en danger ? Et la réponse d’anthologie de Alex :

AT: That’s certainly possibly the case.

Dans l’idéologie du Both Sides, les choses deviennent probablement certaine…

(…)  I’m not angry about it, I’m not upset about it, this is a war and these things will be done. Both sides are involved in very dirty tactics in this war. This is a nasty and dirty war on both sides.

Ici « both sides » est très clairement utilisé pour le rebelles responsables (mais non coupable) des very dirty tactics.

RT: So are Assad’s troops mostly responsible for this violence?
AT: No, it’s a war. Both sides are responsible.

Ici, de façon limpide, l’utilisation du « both sides » est utilisée pour la défense directe de Bachar al Assad. Both sides et it’s a war est utilisé pour répondre « non » à la question de la responsabilité de Bachar dans les violence.

On peut donc conclure de cette analyse de l’idéologie d’Alex que sa mésaventure ne constitue en aucun cas une preuve irréfutable et objective mais un récit idéologique d’une aventure voulue plus que vécue et cherchant à équilibrer le régime et les rebelles. Cet équilibre est ensuite démonté en défaveur des rebelles puisque c’est Al Qusayr qui constitue le scoop et sur lequel Alex veut attirer l’attention médiatique.

Clausewitz, l’homme qui a définit la guerre explique que « la guerre est la continuation de la politique par d’autre moyens » Éliminer toute politique de la couverture d’une guerre en mettant « both sides » sur un même plan c’est une négation idéologique de la réalité. C’est supposer qu’il n’y a plus ni bourreaux, ni victimes, ni innocents ni coupables, ni oppresseur ni opprimé, ni voleur ni volé, ni exploiteur ni exploité.

Cette idéologie, c’est du négationnisme.

Et ton idéologie, Alex, doit être combattue, nothing personal..

Bernard Henri Levy dans le Serment de Tobrouk: le ridicule anachronique du socialisme colonial

11 Jun

Comment expliquer le flop flamboyant du film de BHL ? Assassiné par les critiques malgré les soutiens très en vue et très médiatiques de l’écrivain.

Alors que son rêve d’être l’homme par qui la bonne guerre arrive semble se concrétiser, BHL paradoxalement se retrouve héros de la fable « le roi est nu ». Aucun de ses détracteurs n’avait réussis l’exploit que BHL vient de réussir avec son film en se tirant une balle dans le pied.

Les critiques cinéma sont unanime pour saluer une heure et demi d’agonie devant l’ego surdimensionné de celui qui n’a pas trouvé en Libye d’autre sujet que lui-même.

Pour le Nouvel Observateur, BHL se tire une balle dans le pied

Pour Le Monde, il est le disciple involontaire de Charlie Chaplin

Pour La Croix c’est du narcissime sur grand écran

Pour Libération, “le serment de Mabrouk est sans conteste le meilleur film de Sacha Baron Cohen”

Sur le Huffington Post on trouve quelques extraits et la bande annonce du film pour se faire une idée

Le petit jeu de BHL sur la Libye a marché un moment puis avec le serment de Tobrouk, tout s’écroule. Car BHL est confronté à un problème qu’il n’attendait pas : l’histoire qu’il veut n’est pas la réalité. BHL ne peut parler de révolution puisqu’il veut une guerre. Et il ne peut parler de guerre puisque c’est une révolution. Il finit donc avec la seule réalité tangible : lui même. Et le roi est nu, et ridicule…

Le problème de BHL par BHL, pour BHL avec BHL c’est que la réalité du peuple Libyen et de sa révolution, ses avancées, sa lutte, sa réussite et surtout, évidemment, sa victoire sont étouffés sous l’égo de l’homme autant que sous les critiques de ses détracteurs : les deux sont entièrement d’accord pour dire que l’action de BHL a été réelle et que sans l’intervention de l’OTAN, Kadhafi ne serait jamais tombée.

En clair l’homme blanc a amené la démocratie en Libye. Pour BHL c’est bien, pour ses détracteurs c’est irresponsable de donner la démocratie aux arabes puisqu’ils vont aller vers l’islamisme. Problème, aucune de ces deux positions n’accepte la réalité de la révolution libyenne : les Libyens se sont soulevés contre Kadhafi tout seuls le 15 février 2011 et à cette époque BHL ne savait pas placer Benghazi sur une carte.

Non, le 2 février 2011, BHL, comme tout le monde, se demande avec inquiétude si l’Egypte post-Moubarak va « renégocier le traité de paix avec Israel » et évidemment se paye le filage inévitable de la métaphore du printemps arabe qui deviendra l’hiver islamiste des frères musulmans.

En 13 jours, BHL a su flairer l’opportunité d’une intervention militaire dont sa carrière médiatique a besoin.

Avec cette prémonition du prophète auto-réalisateur (et auto-acteur) :
“Ce 28 février, où j’écris, rien ne dit que ce peuple vaillant, admirable de détermination et de dignité, ne viendra pas à bout, seul, et dans des délais brefs, d’un tyran dont il a déjà su montrer qu’il était aussi minable que fou furieux.”

Au passage : la révolution va échouer, l’armée égyptienne est l’armée de la liberté, l’an 2 en France = 2011 dans le monde arabe (qui a naturellement deux bons siècles de retard), Un libyen = un égyptien = un tunisien et les frontières nationales de ces pays n’ont pas vraiment à être respectées car tous ces gens sont des arabes.

C’est en réussissant à ne jamais se départir de cette vision orientaliste et coloniale que le rôle profondément anachronique de BHL sera en réalité inutile sur le plan de l’histoire et catastrophique sur le plan historiographique (la façon dont l’histoire est écrite).

D’abord, rien n’indique que la révolution Libyenne aurait été définitivement écrasée sans une intervention militaire de l’OTAN. La volonté de Kadhafi de massacrer tout le monde est certaine mais on peut voir en Syrie qu’aucun massacre n’a encore pu stopper la révolution. On a aussi l’exemple de plusieurs villes Libyennes, Misruta en particulier qui ont payé un énorme tribu mais ont néanmoins résisté de longs mois sans intervention. Ce n’est pas pour prendre position contre l’intervention de l’OTAN, à laquelle nous étions favorables, simplement rappeler que rien ne permet d’affirmer que la révolution aurait été écrasée définitivement et que Kadhafi ne serait pas tombé sans intervention militaire de l’OTAN. C’est le premier mensonge de BHL.

Ensuite, rien n’indique que BHL ait contribué de quelque manière que ce soit à une intervention militaire déjà décidée par les membres de l’OTAN et avalisée par l’ONU (où il ne bénéficie d’aucune de ses ficelles). C’est le second mensonge.

BHL croit à ses mensonges car il a passé toute son action en Libye à donner corps aux fantasmes orientalistes que les média voulaient avoir.

Les média voulaient des révolutionnaires naifs, tribaux, pouilleux, désordonnés, incompétents face à un dictateur sanguinaire et un « occident » dont l’interventionnisme aux relents coloniaux est à rapprocher de l’Iraq pour les débats d’experts. BHL va leur donner point par point tous ces éléments.

Quand les média veulent de l’occident interventionniste et colonialiste ils trouvent BHL en agent secret qui arrange l’intervention auprès de Sarkozy (le président de l’homme africain pas entré dans l’histoire). Lorsqu’ils veulent du rebelle couleur locale (pouilleux assis par terre et qui mange avec les doigts) ils ont BHL assis par terre à manger « du mouton au riz graisseux » dans le désert avec des chefs de tribus. Lorsqu’ils veulent de la Libye tribale BHL leur réunit les chefs tribaux et leur fait signer un appel à une Libye unie, amplifiant ainsi artificiellement le rôle politique des tribu dans la révolution.  A ceux (il y en a) qui veulent de la France coloniale avec un soupçon de complot judeo-sioniste international, BHL va leur faire un discours colonial devant des libyens qui agitent des drapeaux francais :   « Jeunesse de Benghazi, libres tribus de la Libye libre, l’homme qui vous parle est le libre descendant d’une des plus anciennes tribus du monde » puis aller affirmer que c’est par son sionisme et sa judéité qu’il a fait ce qu’il a fait. Malgré celà, on sent bien que l’argument sioniste ou judaique n’a rien à faire dans le débat.

BHL n’incarne pas le juif ni le sioniste, il incarne le blanc dans sa plus pure tradition coloniale. Le blanc sauveur de l’arabe aux prises avec son dictateur arabe. BHL « n’y connaissant rien en stratégie militaire » mais dont on apprécie les conseils stratégiques tellement son ignorance de blanc est de toute façon supérieure à ce que la révolution arabe peut produire comme chefs militaires arabe.

BHL le blanc sachant utiliser la technologie de blanc (téléphone satellitaire, ordinateur aux côtés de l’inutile arabe et de son inutile mais exotique prière)
Image du film de BHL le serment de Tobrouk, du Huffington Post).

BHL capable de discuter avec les grands blancs (Cameron, Sarkozy, Clinton, Netnyahu…) BHL paternaliste expliquant aux Libyens tribaux comment on se comporte dans le salon d’un blanc. BHL le blanc qui peut, BHL le blanc qui sauve, BHL le blanc qui « comprend » le tribalisme Libyen, BHL le blanc chevalier blanc à la chemise blanche : BHL peau blanche masque noire pour paraphraser Fanon.

BHL ne s’est pas mis au service de la révolution mais il a mis la révolution à son service. Pour avoir un accès direct avec les grands blancs de ce monde. Et c’est au festival de Cannes qu’il choisit de présenter son film, pas en projection plein air dans Benghazi libérée.

BHL barbouzard colonial opportuniste s’est auto attribué un mandat officiel dans une révolution qui n’est pas la sienne et qu’à ce titre il ne reconnaît pas. Si BHL peut faire la guerre sans l’aimer, il est bien incapable de faire la révolution en l’aimant (comme a pu le faire la remarquable Stéphanie Lamy dont le rôle réel et la modestie sont seul comparable à l’égo et l’inutilité de BHL).

Mais BHL est l’incarnation d’un anachronisme : il veut être un héro romantique de la révolution arabe tel que le fut Lawrence d’Arabie mais finit en bouffon ridicule aussi comique que Lawrence fut tragique. Là où Lawrence tentait sans succès d’instrumentaliser le colonialisme au profit de l’indépendance arabe, BHL fait l’inverse. Il tente d’instrumentaliser la révolution arabe au profit de sa seule figure coloniale. Faire de la révolution l’aventure coloniale de BHL afin que le débat lui soit toujours favorable.*

Un colonialisme pro-BHL (le blanc il doit amener la démocratie à l’arabe) ou un colonialisme anti-BHL (le blanc il doit pas amener la démocratie à l’arabe) ainsi que le résume Anne Sinclair dans le huffington post. Personne n’acceptant le simple fait que ce n’est pas le blanc qui amène la démocratie à l’arabe et que BHL est un microscopique petit globule insignifiant dans une histoire qui touche plusieurs millions d’acteurs, directs ou indirects. Il est la goutte d’huile coloniale dans l’océan révolutionnaire : les deux ne se mélangent pas et c’est soit l’un soit l’autre. Lorsqu’on les sépare, la goutte d’huile devient aussi importante que l’océan et BHL gagne son pari médiatique.

Même l’excellent Boniface s’y laisse prendre. Après avoir pourtant réussis à séparer la prise de position de BHL (pour une intervention sans mandat de l’ONU) de la véritable intervention militaire qui mettait en place la « responsabilité de protéger », Boniface tombe dans le piège des variations sur le thème « c’est pas si bien qu’on le dit depuis la chute de Kadhafi »

Même problème pour l’excellente Audrey Pulvar, obligée, pour critiquer BHL de salir la révolution qu’il aurait soutenu. Et encore même problème pour Bruno Roger Petit qui attaque Pulvar et Polny mais en défendant le colonialisme socialiste de BHL. Un anachronisme total mais que BHL refait vivre et remet au cœur du débat.

Ni Boniface ni Pulvar ni Bruno Roger Petit ni aucun des détracteurs ni défenseurs de BHL n’accepte comme prémisse que BHL n’a jamais soutenu la révolution et n’a joué qu’un rôle médiatique d’anachronisme colonial dans un événement historique inédit. BHL a simplement transformé une révolution arabe Libyenne que personne ne voulait voir en une guerre civile avec intervention “occidentale” que tout le monde pouvait comprendre. La révolution n’est pas finie mais BHL a gagné la guerre.

Cette négation de la révolution par « la guerre sans l’aimer » de BHL convient à tout le monde car elle permet de retrouver le concept O combien colonial du bon et du mauvais arabe. Un concept orientaliste qui a été perdu avec la révolution arabe mais dont on a beaucoup de mal à se défaire et que BHL permet de réhabiliter pour le plus grand confort intellectuel de ses opposants et partisans. Avec le bon et le mauvais arabe, l’essentiel est de faire porter le débat sur qui est le bon et qui est le mauvais. On peut distribuer les points que l’on veut :

Le bon arabe c’est celui qui accepte de se laisser bombarder pour son bien : le Libyen.
le mauvais arabe c’est celui qui refuse de se faire bombarder pour le bien commun (le palestinien par exemple).
Le bon arabe c’est celui qui reste chez lui, le mauvais celui qui veut venir « chez nous »
La bonne révolution arabe c’est celle qui se fait avec intervention possible de l’OTAN, la mauvaise celle qui va déboucher sur la Charia (comme en Egypte, Tunisie, Libye…)
Le bon arabe c’est l’arabe soumis au colonialisme touristique comme le Tunisien ou l’Egyptien, le mauvais arabe c’est celui qui possède beaucoup d’argent et « notre » pétrole comme le Saoudien qui voile sa femme ou le Quatari qui rachète nos équipes de foot.
Le bon arabe c’est le sunnite pro-occidental, le mauvais arabe c’est le chiite pro-iranien.
Le bon arabe islamiste c’est celui qui veut un islamisme sur modèle non arabe turque. Le mauvais arabe islamiste c’est celui qui veut un islamisme sur modèle non arabe iranien.
Le bon arabe révolutionnaire c’est le laïque, le mauvais arabe révolutionnaire c’est l’islamiste
etc.

C’est une lutte sans merci est-ce que le bon arabe, avec l’aide du socialisme colonial style BHL va triompher ? Ou alors est-ce que l’extrême droite réactionnaire va réussir à faire accepter comme vérité que l’arabe est foncièrement mauvais et que donc c’est le mauvais arabe qui va gagner et que les efforts des bobos socialiste sont vains?

BHL, lui, est sur de gagner à tous les coups. Les partisans du bon arabe deviennent automatiquement coloniaux (Bruno Roger Petit salue le rôle colonial de BHL), les anticoloniaux deviennent automatiquement d’extrême droite (et Pulvar se retrouve à attaquer BHL avec le même discours sur la Libye que Marine le Pen).

Mais dans son film, BHL n’arrive pas à mentir. Le bon arabe n’existe pas, c’est BHL qui le créé de toute pièce, c’est par lui que l’arabe devient bon, c’est lui que le bon arabe acclame à la tribune, c’est dans ses bras que l’arabe émotionnel peut pleurer, c’est à ses cotés que l’arabe combat, c’est avec son stylo que l’arabe écrit. A la fin du film BHL avertit des risques sur la Libye (charia, terrorisme, droit des femmes) : sans lui le bon arabe risque de (re)devenir mauvais.

Une posture tellement extrême que BHL devient la caricature même du socialiste colonial qu’il incarne. C’est toute la mission civilisatrice, le fardeau de l’homme blanc qui est ridiculisé et décrédibilisé. Un ridicule salutaire.

 

*Merci à ER pour ses conseils sur la correction de ce passage qui initialement se contentait de simplement comparer BHL et Lawrence oubliant de souligner le rôle comique de BHL incomparable avec une vrai figure romantique et tragique telle que Lawrence

What is not happening in Lebanon

28 May

Syrian crisis spreads to Lebanon.

A common headline that one will see flourish in the coming days. As usual, it is difficult to know what exactly is happening in the country.

Anti- Assad “salafis” get arrested by security services while lured into recovering social care money

Sunni clerics suddenly forget to stop at army checkpoints and get killed

And shiites pilgrims get caught by Free Syrian Army in Syria while travelling from Iran in a bus.

And armed psychopaths goes amok against the army and throws grenades from their balconies in the middle of the night over a girlfriend dispute…

Of primary importance is to understand, state, underline, highlight, precise, or describe any origin, religion, nationality or ethnic background of any of the people involved. So we can gather a picture of a very messy Lebanon on the brink of Civil War (again) and composed of plenty of sects fighting each other for God knows what.

Thus, it becomes nearly impossible to understand what is happening in Lebanon. But one can try to think around what is not happening.

First there is no “Syrian crisis hitting Lebanon”.

It is not a crisis, it is a revolution and, unless this very fact is acknowledged, current Syria will remain out of any comprehensive sight. Revolution has specific dynamic and logic and it is impossible to understand what happens if it is thought as a crisis. Crisis have solving. One can solve a crisis, no one can “solve” a revolution. Crisis have blurred origins, it comes from undefined multiple causes while revolutions all share the same grounds. A crisis is located in a specific region of the globe it can be local or regional crisis, while a revolution has a continental or world wide consequences.

What happens in Syria is not a crisis and what happens in Lebanon is not a revolution. Therefore, the two are not as connected as one may think.

Let’s go further from that point: It is not Syria hitting Lebanon, it is Lebanon hitting Syria.

Lebanese political leaders have decided to take sides. March 14 pretending to help the Syrian revolution and March 8 pretending to defend Bachar al Assad’s Syria. Lebanese political leaders have thus decided to clash over Syria rather than clashing over political Lebanese issue. It helps them to avoid addressing real Lebanese issues such as Hezbollah weapons to integrate in national defence strategy, civil state, legitimacy of politicians based on outdated confessionalism or more day to day issues such as lack of internet, lack of electricity, lack of public transport, lack of water, migrant workers slavery or widespread corruption.

Taking sides on Syrian revolution is a useful trick for Lebanese politicians to avoid doing Lebanese politics. March 14 leaders have taken firm stance against Bachar al Assad and desperately try to describe the 14 march 2005 as the inspiration and true origin of the “Arab Spring”. Truth is, when asked, activists in Tunisia or Tahrir square have no idea who Hariri is…

Nevertheless, March 14 leaders need to do that because the political alliance, formed after the popular demonstration that ended Syrian presence in Lebanon in 2005, has not inspired anything truly meaningful since that date. They lack legitimacy and also they lack a real political stance now they are in the opposition. In other words: March 14 does not know how to oppose against March 8 and tries to divert by siding with Syrian revolution.

March 8 siding with Assad also shows political weakness and lack of vision for the country. March 8 still does not believe they can be accepted as a real political force without the help of the Syria. They don’t believe they can survive without Assad and still think their fate is tied to his. Ultimately, March 8 show that they have not realised the reality of their legitimacy, they don’t trust their government to do better job than the previous one and they don’t trust Lebanese to be able to judge them based on that fact.

They also do not want to think what is going to change in the Middle East and how to adapt to new challenges. By defending Assad, they reveal a vision where Lebanon remains a small piece in a wider neocolonial game: Russia and China playing Shias through Iran, replacing US who played Sunnis through Saudi Arabia or France who played Christians etc. They show they are unable to understand “majority” and minority” in a normal political democratic way but only with confessions attached to it: sunni majority, alawi minority, etc. In a new revolutionary middle east it is about politics, not about minorities.

This is not sectarian clashes.

Clashes in Lebanon are between armed militias or militants belonging to political movements. They can have a confessional taint since these very political movements are based on confessionalism but this is not sectarian clashes in its essence. All sunnis in Lebanon are not for Syrian revolution and all Alawis or shias in Lebanon are not siding with Assad. Christian are divided, propaganda and conspiracy runs everywhere and even anti-assad hearts can wish that Assad ultimately wins and brings back “stability” through dictatorship is the best solution.

Despite these truth, Media continues to present what happens in Lebanon as confessional clashes. It becomes very difficult for them and readers to understand why confessional sunnis would clash with other confessional sunnis in Tarek el Jdeideh as all sunnis are supposed to be united against Assad the Alawi.

Ultimately, Lebanon is Assad’s dream: a country where sectarian divisions is the reality he wants for Syria. Transforming the Syrian revolution into the Lebanese civil war is exactly what Assad would like, thinking he will regain his country by solving a sectarian civil war as Syria did with Lebanese civil war.

Syrian opposition knows that and their game is precisely to avoid that as much as they can. If Syria turns into Lebanese civil war, they loose and they know that. And because they do not want to loose, they do not want Syria to become sectarian civil war. A Lebanon falling into sectarian civil war would serve as a reference for Assad to introduce civil war in his country. Assad does not want Syria civil war in Lebanon, he wants Lebanon civil war in Syria.

He is not alone: any political or religious leader seeking to tie a particular community to a side of the Syrian revolution is playing this game. Salafi leaders claiming Sunnis have to support Syrian revolution, religious figures calling to Shias to defend Assad or stupid political analysts declaring that all alawis in the country are supporting Assad because he is himself an alawi.

Assad can play sectarian divisions in Lebanon and he probably does through secrete and hidden channels. But his direct implication is probably much lower than one thinks. Sectarian demonstrations in favour of the Syrian revolution also plays Assad game and harm the revolution. Truth is, leaders organising Sectarian demo in favour of the Syrian revolution could not care less about the Syrian revolution. They do not understand that the very stake of the revolution is to avoid sectarian divisions and to unit the country against the dictator.

That leads to a very Lebanese paradox: Salafis and sunni leaders are in effect harming the Syrian revolution by creating sectarian tensions and Hezbollah is in effect protecting the Syrian revolution by avoiding to play that game.

There is no pro versus anti-syrian in Lebanon

This paradox helps to reveal another truth: there is no “pro-Syrian” versus “anti-Syrian” in Lebanon. Currently, neither Bachar al Assad nor Syrian revolution can claim to be “Syria” and the country is experiencing revolutionary process. Attributing “anti” or “pro” Syrian stance is therefore irrelevant as no one know what is Syria any more. March 14 leader Saad Hariri would not be anywhere without the sweat of the very Syrian migrant workers who built his concrete real estate power.

The division between “pro-syrian” and “anti-syrian” is used to hide the reality of the political game in Lebanon and to deny democracy to the country. Instead of political stance, programs, ideas or projects, everything is put under the giant carpet of “pro vs anti-syrian”. March 8 is pro-Syrian, march 14 is anti-Syrian and anti-Syrian are March 14 and pro-Syrian are march 8. With that trick, politician can avoid to take real political stance (left / right – majority / opposition). But ultimately, pro-Syrian vs anti-Syrian is purely and strictly Lebanese thing that has nothing to do with Syria. Because the Syrian revolution is more and more revealing that trick, Lebanese politicians, especially March 14, start to be afraid for their legitimacy and resort to the sectarian factor: Sunnis are against Assad and side with March 14 and any sunni who disagrees is a traitor and has to be expelled from Sunni neighbourhoods (such as Tarek el Jadeedeh).

There is no civil war in Lebanon.

A civil war in Lebanon needs civilians willing to fight against each other and the country lacks this basic elements necessary for a civil war to happen.

But because there is a will from media and politician alike to imprison Lebanon in its past, anything happening in the country is considered the sign of a new coming civil war. A never ending 1975. So now  Syria is under the spotlight, headline reads: Violence in Syria may trigger a new civil war in Lebanon,

The dangerous game in Lebanon is about who is going to not start the civil war. First party to start the civil war has lost. If one party is more clever and rational than the other, civil war won’t happen. And the last speech from Nasrallah calling against violence or road blocking and for calm to prevail is indeed a very clever and rational move proving that if Hezbollah does not wants a war, no war can really happen.

Civil war in Lebanon is not as useful as the fear of civil war in Lebanon. Fear is a very useful tool to rule a country and keep people quiet. It is convenient to avoid a revolution. It is useful to prevent people from calling against corruption or to complain about lack of electricity, water, public services or prices. It is also a useful tool to retaliate. If, for instance, UAE, Kuwait and Qatar wanted to punish Mikati prime minister and 8march government they could try to destroy the tourist summer season. They could do so by advising their rich citizens not to travel to the country using the “fear of civil war”.

The fear of Lebanese civil war, a very useful tool indeed…

Claude Imbert et la révolution Haram

27 May

On peut prendre cette magnifique chronique de Claude Imbert afin de démonter certains mythes délirant sur la révolution arabe et d’expliquer un peu ce qu’ils servent.

Claude Imbert se pique d’analyses bien réactionnaires de la révolution arabe. après la « démocratie halal » voici le dernier en date :

Damas: brûlot islamique

En bon réactionnaire, Claude Imbert doit démontrer la nocivité de la révolution, son inconséquence, les dangers des lendemains qui déchantent. Problème en contexte : quand on fait ça on se retrouve dans les alternatives coloniales, racistes ou sanguinaires de la répression. On verra dans cette analyse le processus qui pousse la pensée réactionnaire et identitaire à essayer de noyer la révolution arabe. Si le monde arabe accède à la démocratie, cela ruine complètement l’idée que la démocratie appartient à l’identité de la « civilisation occidentale » dont ont besoin les courants identitaires

Ca commence dès le premier paragraphe avec la « tragédie syrienne » qui provoque le « grand remue-ménage arabo-musulman ».

Tragédie est déjà significatif : on est spectateur d’une tragédie qui se terminera mal de toute façon, c’est une tragédie. Le remue-ménage évoque une idée assez l’idée raciste: le remue-ménage, le bordel, le souk, le bazar, le chaos inhérent à toute société arabe, inscrite dans ses gènes et dans les gênes du moyen-orient. Ce n’est pas une révolution c’est un désordre et quelqu’un va devoir ranger après.

Puis, Bachar al Assad est donné comme : « le dernier domino d’une chute en cascade de despotes arabes, de Ben Ali à Moubarak et Kadhafi. »

Enfin ! Ca commence à bien faire ces arabes qui se mettent à mettre par terre leur despotes, il faut que la chaîne se termine et Bachar al Assad apparemment est le dernier domino. Bahrein, Algérie, Maroc, Jordanie, Oman, Koweit, Emirats, Qatar, Arabie Seoudite, Liban, Palestine… aucune chance. Tunisie, Egypte, Yémen, Libye : circulez y’a plus rien à voir. La révolution doit finir et Bachar est le dernier domino.

L’idée de Domino, en apparence anodine est aussi assez malsaine. Comme dit Jean-Pierre Filiu qui lui consacre une de ses 10 lecons sur la révolution arabe, ce n’est pas une partie de dominos et la chute des dictateur ne va pas de soi.

L’idée de domino donne aussi à penser que c’était facile : on en pousse un les autres tombent en cascade. Or les révolutions et ceux qui les ont faites se sont battus comme des acharnés pour en arriver à ce résultat. Ils sont morts, en Tunisie, en Egypte, au Yémen et meurent encore en Syrie, ils ont créés des mouvements politiques, scandé des slogans, mené des luttes, se sont battus avec les forces de sécurité se sont fait arrêter et torturer. Ce ne sont pas des dominos mais des dictateurs très puissants avec la mainmise sur leur pays depuis des décennies et aucun n’est tombé facilement en soufflant un peu dessus. Parler de domino c’est aussi réduire à presque rien l’énergie et la force de la révolution et donc faire accepter plus facilement l’idée que cette révolution va rater et sera récupérée par les islamistes.

« Mais, derrière la guerre civile rampante, se profile en filigrane la recomposition de tout le Moyen-Orient. »

La recomposition du Moyen-Orient est une idée exclusivement coloniale. C’était le rêve éveillé des néoconservateurs américains. C’est aussi la suite logique de la « composition » du moyen-Orient initial, c’est à dire la colonisation de la région. La recomposition suppose évidemment d’être le fait de puissance étrangère coloniales ou néo-coloniales. Pas de « libération » du moyen-Orient, ni d’indépendance ni d’émancipation mais une recomposition. Suivent donc les enjeux de cette recomposition : des intérêts et des jeux de puissances d’ensemble géopolitiques.

Comme toute « recomposition du moyen-orient » : on prend une carte de la région et on commence à colorier.

C’est ce que fait Imbert :

« Un vaste conflit la domine [la recomposition du moyen-orient]: celui qui s’envenime entre les deux grands courants islamiques. D’un côté, l’ensemble sunnite et son “printemps arabe” qui consacre l’entrisme politique de l’islam. Il a pour chef de file l’Arabie saoudite et le Qatar. De l’autre côté, l’ensemble chiite que manipule, à Téhéran, la théocratie perse avec ses sicaires arabes en Irak, dans le Hezbollah libanais et son alliance damascène. C’est tétanisées par cette vision que les grandes puissances surveillent la tragédie syrienne. L’oeil regarde Damas mais les pensées se perdent dans une pelote de fils enchevêtrés que démêlent peu à peu les fidèles séparés d’Allah. »

Ici dans un seul paragraphe on a beaucoup de chose. D’abord le champs lexical particulier: le conflit qui « s’envenime » entre deux serpents. Un bloc pratique « l’entrisme » et l’autre « manipule ». Le mot « Sicaire » aussi est très violent et renvoi à une tradition antique de traîtrise terroriste moyen-orientale. Les « grande puissances » (sans autre précision simplement qu’elles sont grandes) sont « tétanisées » infectées de tétanos, paralysées par le venin des deux serpents qui ont paralysées leur proies pou mieux les dévorer. Pour finir, c’est une « pelote de fils » qui se démêle : pas de grands intérêts, pas de nécessité impérieuse, pas d’enjeux vraiment intéressant dans ces arabes divisés (en deux), juste une simple pelote de fil qui se démêle : pourquoi perdre son temps et énergie avec ces gens traîtres et venimeux alors qu’au fond on pourrait regarder ces petits chatons de loin… La fin du paragprahe sur « les fidèles spéarés d’Allah » permet un doux glissement par synonyme entre islamistes théocratique et fidèles d’Allah. Le mot Allah aussi permet un stricte séparation entre les religions en appelant « leur » Dieu d’un nom différent de celui des chrétiens.

Sur le fond maintenant : le moyen-Orient est divisé en deux : chiites et sunnites. Il n’y a pas de bien et de mal, les deux sont également mauvais : Islamisme sunnite et islamisme chiite mais islamisme dans tous les cas. La vision est purement géopolitique : des capitales et des pays sont individualisée et on les place comme aux échecs. Imbert trace deux gros ronds sur la carte et il colorie au milieu : un vert pour les chiites, un vert un peu différent pour les sunnites. Après on peut jouer aux échecs : ici « le printemps arabe » est pris comme une des pièces du jeu sunnite, Hezbollah et « sicaires » sont des pièces du jeu chiite. En fait c’est le vieux jeu colonial simplement joué par d’autres. Anglais et Français y ont joué avec les mandats ; URSS et USA se sont fait une partie durant la guerre froide et désormais la partie est reprise par Arabie Saoudite et Iran.

Sur le fond subliminal on voit aussi que certaines analyses sont imposées comme ça sans aucune explication ni argumentation ni référence aucune. Ainsi :

  • Le printemps arabe est exclusivement sunnite et consacre l’entrisme politique de l’islamisme
  • Le Qatar, l’Arabie Saoudite et Téhéran sont les nouveaux maîtres du moyen-orient (qui a besoin de maîtres)
  • Le Moyen-Orient est divisé en deux superpuissances religieuses (pas de mouvement politique, de droit, de citoyen, de libre arbitre, de courant artistique, de conscience nationale…)

Le paragraphe se termine sur « les fidèles séparés d’Allah », qui, en effectuant une séparation bien nette entre leur religion et la « notre » permet d’introduire le paragraphe suivant :

« De même qu’au XVIe siècle la religion réformée et la catholique imposèrent à notre Europe leurs partages conflictuels, de même les deux grands courants de l’islam imposent, peu à peu, à l’univers arabo-musulman leurs aires prosélytes. »

Le passage est en gras et sous tend deux idées : d’abord l’inévitable « différence des civilisations »: l’une serait chrétienne avec une histoire chrétienne et l’autre musulmane… avec une histoire islamiste. Ensuite une évolution parallèle mais différée : ce qui se passe là bas est ce qui s’est passé ici, chaque « civilisation » devant suivre des chemins parallèles sans se croiser, sans se mêler.

La référence au XVIeme siècle indique évidemment que « ces gens là » ont 5 siècles de retards sur « nous ».

Enfin on note aussi un beau et bien nauséabond « notre europe » qui donc appartient à un « nous » indéfinie mais qui s’oppose inévitablement à l’arabo-musulman, donc qui doit ressembler à quelque chose de blanc et de chrétien. L’association « notre » et « europe » réapparait pas moins de trois fois dans le texte. L’idée c’est évidemment de rappeler que toute les civilisations ne se valent pas

Claude Imbert continue ensuite sur son développement : le moyen-Orient c’est chiites contre sunnites et le printemps arabe c’est une révolte sunnite. La nocivité de ce raisonnement arrive assez vite dans ce paragraphe :

«  Autour d’El-Assad, les alaouites sont le dos au mur, assurés qu’une défaite les livrerait au massacre. Une conviction que partagent les chrétiens de Syrie et ceux du Liban voisin, la plus forte communauté chrétienne du Moyen-Orient.

Voici donc une dictature abhorrée mais que soutiennent, bon gré mal gré, des communautés – chrétienne, druze, kurde – qui redoutent le pire de la révolte sunnite. Et de son slogan : “Les alaouites dans la tombe et les chrétiens à Beyrouth…” »

Cette suite est naturelle car on est obligé d’arriver au même raisonnement qu’Imbert lorsqu’on suit cette logique purement sectaire : les alaouites (tous sans exception) sont avec Assad qui est aussi Alaouite et les minorités chrétiennes, Druzes et Kurdes le soutienne aussi car elles craignent l’hégémonie sunnite qui sera l’avènement de la révolte sunnite. Et voilà consacré le pilier de la propagande du régime d’Assad : la protection des minorités contre la révolte sunnite des agents étrangers saoudiens quataris et Al Quaeda.

Assad se fiche éperdument des minorités et ne protège que lui même mais l’un des pilier essentiels de sa propagande et celui qui marche le mieux est de déclarer que la révolution sera un bain de sang pour les minorités et que cette révolution est l’oeuvre de groupes armés par le Qatar et Arabie Séoudites qui utilisent les sunnites. Tout l’enjeu d’une contre révolution est d’accréditer l’idée que le changement sera pire que ce qui précédait, c’est cette idée et elle seule qui peut faire échouer une révolution et Bachar met donc toutes ses forces dessus. Ce qui est amusant c’est que Claude Imbert veuille absolument lui donner un coup de main…

Et comme si on n’avait pas assez bien compris à quel point la révolution était dangereuse et nocive (et sunnite), Claude Imbert lui attribue d’office « son » slogan fachiste et menaçant : “Les alaouites dans la tombe et les chrétiens à Beyrouth…”.

Mais quel intérêt pour Claude Imbert de vouloir briser la révolution Syrienne et soutenir la propagande de Bachar al Assad ?

En fait, ce n’est pas par cynisme ou manque d’humanité, c’est simplement parce que Imbert, comme beaucoup, est soumis entièrement à une vision coloniale et à un raisonnement de civilisations et que ce raisonnement ne peut pas mener ailleurs qu’à soutenir Assad…

Dans ce raisonnement les puissances jouent aux échecs au moyen-orient, l’humanité est divisé en grands espaces géopolitiques et, in fine, il n’y a pas de révolution possible au moyen-Orient mais simplement une évolution négative de cette civilisation arabo-musulmanne. Il faut empêcher cette évolution négative vers l’islamisme en entravant son développement par la force coloniale ou néo-coloniale. En clair, soutenir un dictateur « laique » ou ouvrer pour empêcher ou retenir l’évolution naturelle de l’arabo-musulman vers la théocratie islamiste.

C’est ainsi qu’Imbert finit son article. Après un petit paragraphe passé à se fantasmer en espion expert analyste des implications néo-coloniales de la région, Imbert conclu :

« Pour nous, Européens, la tragédie syrienne n’est pas si lointaine qu’on croit. Elle nous administre cette évidence : sur notre Europe pèsera bientôt l’avenir islamique du “printemps arabe”. Et celui d’un proche – très proche – Orient ! »

Comme originalité et innovation d’Imbert on notera l’utilisation du terme « proche-orient » servant à placer l’idée du rapprochement de la menace islamiste. Imbert annonce la fin du cycle orientaliste : l’établissement des définitions orientalistes de « orient ; moyen-orient ; proche-orient » qui a servi à la domination coloniale sert désormais à la peur du musulman et au repli sur soi identitaire « nous européens / très proche-orient islamiste » qui veut nous envahir. Entre « eux-islamistes» et « nous -europe » il y a une frontière culturelle insurmontable : à eux la dictature et l’islamisme obligatoire, à nous la liberté et la démocratie intrinsèque.

Et donc on peut retrouver le très classique : il vaut mieux un dictateur « laïque » que l’islamisme d’Al Quaeda.

Le problème est que cette vision est précisément le pilier sur lequel reposaient les dictatures qui ont usé et abusé de l’argument pour se maintenir au pouvoir. Toute résurgence de ce mythe est en fait une résurgence de l’ancien régime. Ce sont ces dictatures et ce mythe précisément que combat et détruit la révolution arabe. L’enjeu de la révolution est justement de détruire la dictature et son mythe fondateur avec. Pour maintenir ce mythe vivace, et, avec lui, pouvoir amener l’idée de « notre europe » Claude Imbert est donc obligé de légitimer Assad et ses comparses, en détruisant l’idée de la révolution, en affrimant l’islamisme comme la suite logique de la fin des dictateurs, en affirmant que la révolution est l’émanation des puissances sunnites cherchant à déstabiliser la syrie en raison de son alliance avec « l’arc chiite »

On ne peut pas reprocher à Claude Imbert d’être réactionnaire, c’est son droit le plus stricte. Mais être réactionnaire à l’époque de la révolution arabe, c’est être dans le camps d’Assad et de Kadhafi et d’accepter que les morts et les tortures soient moins effrayante que la peur du changement et moins importante que l’invention réactionnaire de « notre » identité européenne.

Pour pouvoir simplement écrire « notre europe », Claude Imbert et ses amis auront besoin que la révolution arabe finisse dans le sang de la répression, dans l’oppression théocratique, dans le massacre interconfessionnel ou dans la domination coloniale. Si « les arabo-musulman » accèdent à la liberté et la démocratie « nous » perdons notre identité chrétienne d’occident démocratique : tel est l’enjeu des visions réactionnaires de la révolution arabe.