Pourquoi ?

Pourquoi? C’est la question pourquoi est ce que je viens sur ce blog chercher des poux dans la tête des journalistes, experts et analystes qui travaillent, rapportent, commentent et décrypte les révolutions arabes, parfois au péril de leur vie ?

Qui suis-je, de quelle autorité me permets-je donc d’aller décortiquer leurs écrits, leurs analyses, leurs articles en pointant un doigt dogmatique et accusateur, traitant d’orientaliste, celui ci ou celui là, de négationniste un autre, de réactionnaire un troisième ?

Qui suis-je?

D’abord je suis un penseur. Un journaliste, un écrivain et un universitaire qui entend réfléchir et penser sur la révolution arabe d’une manière différente. Pourquoi « différente » ? car je pense que l’interprétation de cette révolution est soumise à une idéologie. Une idéologie qui a réussi à créer notre surprise lors de l’apparition de cette révolution et qui continue de donner une vision biaisée et idéologique de ce qui ce passe.

Mes travaux

Mes critiques et analyses sont des théories et des hypothèses scientifiques (si si, la politique et l’histoire sont des sciences) et doivent être traitées comme telles : je ne juge pas, ce n’est pas mon rôle et le mot « orientalisme » ne me sert pas à attaquer mais à réfléchir. Et ce travail n’est pas l’expression de coups de sang mais a vocation à être un travail scientifique : livres, documentaires et thèse de doctorat sur ce sujet vont consacrer les 10 prochaines années de ma vie (au minimum). Ces hypothèses et critiques que j’avance seront à leur tour je l’espère critiquées, démontées, décortiquées et feront ainsi avancer la pensée sur un des événements historique les plus importants de l’histoire contemporaine : la révolution arabe. Les critiques que je reçois sont de deux natures : soit idéologiques et elles me servent à démontrer la force de résistance de cette idéologie soit scientifique et elles me servent à trouver les failles de mes hypothèses et à corriger leurs errements. Dans tous les cas je ne saurais penser tout seul et j’ai besoin d’arguments critiques construits pour espérer avancer. Lorsque cette matière n’arrive pas d’elle même je vais la chercher d’où les « poux dans la tête ».

Maintenant mon objet

la révolution arabe. Pas « les » révolutions arabes car mettre un pluriel empêche de saisir l’essence profonde de cette vague révolutionnaire en lui mettant des barrières artificielles : c’est LA révolution arabe sur laquelle je travaille pas sur LES révolutions arabes ni sur le « printemps arabe ». Ici encore, « la » révolution arabe est un outil pour penser, certains qui diront « les » révolutions arabes auront une pensée différente, pas moins valables que la mienne. Mais mon idée est ici que le singulier permet de mieux saisir le fait révolutionnaire. On dit la révolution russe (alors que théoriquement il y en a eu deux), on dit la révolution française alors que théoriquement il y en a eu jusqu’à la commune de Paris, on dit le printemps des peuples pour 1848 et Fanon dit « pour LA révolution africaine ».

Le fait révolutionnaire se comprend mieux au singulier, c’est mon hypothèse de travail. Par celle là je vais examiner les mots employés (car c’est avec des mots qu’on transmet une pensée : qui dit « les » révolutions, qui dit « les » rebelles ou « l’opposition » ou « la rebellion » ou « le printemps arabe » ou « l’islamisme » ou « les islamistes » ou « l’occident » ou « les pays occidentaux » ou « les sunnites / les chiites » plutôt que « les citoyens originaires de telle partie du pays et d’origine ou de confession chiites / sunnites ». tout cela sera examiné et on questionnera le choix de tel mot plutôt que de tel autre car tout cela n’est pas équivalent.

Je garde à l’esprit la façon dont fonctionnent le journalisme et les média : la rapidité avec laquelle les infos doivent être données, le choix des titres qui n’appartient pas forcément à l’auteur, la nécessité d’écrire court et vite, la tendance à l’utilisation de synonymes afin de ne pas lasser le lecteur etc. cela ne m’empêchera pas de critiquer car encore une fois, ces critiques ont une visée scientifiques sur la matière médiatique produite sur la révolution et ne sont pas des jugements.

Mon sujet :

la révolution arabe dans les média.
Je n’entends pas donner la vérité de ce qu’est la révolution arabe. J’entends comprendre comment cette révolution est donnée en compréhension par les média c’est donc la matière médiatique sur la révolution que j’examine. Pourquoi les média ? Car qu’ils le veuillent ou non ils sont en première ligne de la destruction d’une idéologie lorsqu’ils parlent de la révolution car c’est ce qu’est la révolution. Comme l’avait analysé Gramsci : la révolution n’est possible que lorsque le contexte parvient à produire les conditions pour la destruction de l’hégémonie culturelle qui maintenait les choses en place. Et toute personne qui entend parler de la révolution ne pourra faire l’économie de la destruction de cette idéologie ou alors de sa défense : c’est une révolution ou ca n’en est pas une, aucune neutralité n’est possible. Si ca n’en est pas une alors on trouve d’autres mots : rebelles, guerre civile, coup d’état, conspiration,… ce sont ces aspects qu’on examine. Si c’en est une alors révolutionnaires, liberté, peuple, violence, oppression, lutte des classes, ce sont ces aspects qu’on examine.

L’outil:

L’orientalisme. Il est impossible de résumer ou de synthétiser l’orientalisme. Quand je parle orientalisme je me réfère aux quelques 400 pages de la thèses d’Edward Said que toute personne qui entend écrire sur l’orient doit lire et que toute personne ayant été surprise par la révolution doit relire. L’orientalisme est une hégémonie culturelle (Said le dit dès l’introduction) et c’est pour cela qu’il apparaît sous diverses formes et que j’utilise ce même concept pour analyser et comprendre différentes formes d’un même discours. Les analyses appronfondies des experts sont orientalistes, les clichés réactionnaires et racistes sur les arabes sont orientalistes, les postures anti-impérialistes des excuseurs d’Assad et de Kadhafi sont, encore, orientalistes. Or l’orientalisme comme hégémonie culturelle est la seule chose qui puisse expliquer comment tout cela se soutient, les experts n’étant pas spécialement racistes, les honnêtes journalistes qui les interviewent n’étant pas des partisans acharnés de la dictature arabe et les fachos étant généralement peu portés sur les subtilités de la culture arabo-musulmane. Depuis la révolution le lien idéologique entre tous ceux là deviennent de plus en plus clair. Les mêmes analyses d’experts, la même pensée de Antoine Sfeir ou Fabrice Balanche se retrouve dans les plus grands et plus sérieux journaux (Libération, nouvel obs, le monde, le figaro, Rue89) et sur les sites d’extrême droite comme fdesouche, infosyrie.fr ou novopress.info. C’est cette idéologie que je traque et c’est la raison pour laquelle l’orientalisme apparaît et continuera d’apparaître à toutes les sauces dans mes analyses : parce que mes analyses portent sur l’orientalisme. Et j’en parlerait avec d’autant plus d’autorité que mes études, mes analyses et mon sujet font certainement de moi le premier des orientalistes.

Enfin mon hypothèse

« l’orientalisme » a agit comme une hégémonie culturelle sur toute production et analyse du monde arabe et a aboutit à ce que nous soyons surpris par la révolution. Cette surprise dont j’ai moi même été victime est une anomalie profonde et soulève une série d’autres questions : comment en sommes nous arrivés là ? Pourquoi avons nous été surpris que des hommes se lèvent pour réclamer leur liberté ? Est-ce que cette hégémonie assez puissante pour surprendre toute le monde ne continue-t-elle pas d’agir sur notre compréhension de la révolution ?

Cette anomalie n’a, à mon sens toujours pas été corrigée. Nous continuons d’être surpris car une hégémonie culturelle continue d’agir pour nous pousser à une vision profondément négative de cette révolution : ce sera le chaos, ce sera les islamistes, ce sera la guerre civile sectariano-tribale.

Cette pensée négative et autoritaire a aussi des effets désastreux qu’on ne soupçonne pas. La révolution fait que les peuples parlent aux peuples. On s’identifie naturellement avec celui qui lutte contre l’oppression et pour la liberté. Aujourd’hui celui là est l’arabe. Pour les citoyens ce discours négativiste sur la révolution rend schizophrène. Les réactions que je reçoit de mes écrit sont très émotionnelles : « merci de donner une vision différente, merci de me libérer ca devient horrible ce qu’on entend, merci ca m’ouvre les yeux » : c’est encore le signe d’une anomalie. Et la preuve que la réflexion que je développe combat non pas une opinion ou une vision du monde mais bel et bien une idéologie.

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