“Look up”, la vidéo qui voudrait que la génération Y rentre un peu dans le rang

12 May

Salut Gary,

j’ai eu l’occasion de voir en entier ta vidéo (comme 32 millions de personnes) grâce à un de mes faux « friends » qui l’a partagé sur son « wall » afin qu’il apparaisse sur mon « newsfeed »

C’était dur, vraiment dur, surtout la musique qu’on croirait sorti d’une pub pour un groupe d’alcooliques anonymes. Cela dit cela m’a quand même inspiré, je me demande si je peux atteindre les 32 millions de vues si je mets la même musique sur une vidéo de chats… à tester.

« Oh le vilain jaloux, il est pas content parce que Gary lui, son message il a eu 32 millions de vues. » Evidemment que je suis jaloux, si seulement mon message pouvait atteindre 32 millions de personnes… et les critiques, grands dieux les critiques «  un des plus importants messages adressé à la génération y »… En vérité c’est surtout cette critique qui m’irrite. Car ton message, Gary, n’est pas vraiment neuf. Il est vieux, très vieux même et il fait partie d’un système réactionnaire qui vise à écraser l’esprit de la génération Y (ou appelles la comme tu veux).

C’est la raison pour laquelle ta vidéo a eu 32 millions de like, est diffusé en masse sur les réseaux sociaux et commenté par centaines de milliers de smileys. Le paradoxe ultime : ton message est « look up » et la première chose que font les gens qui voient cette vidéo c’est de look down vers leurs claviers pour aller la partager sur les réseaux sociaux.

 

“We are a generation of idiots, smartphones and dumb people”

” Smartphones and dumb people ” d’accord, mais où est il prouvé qu’on serait moins stupide sans smartphones ? Pour la première fois dans l’histoire depuis l’invention du Trivial Pursuit, n’importe qui avec la 3G peut répondre à n’importe quelle question et les grands timides (dont je suis) peuvent eux aussi enfin retrouver leur chemin dans la jungle urbaine grâce au GPS.

C’est pas tant qu’on est stupide c’est surtout qu’on est pratique, plus besoin de passer une heure à tourner en rond pour trouver son chemin mais hop, en deux secondes 10 on se retrouve là où on voulait aller. La plupart du temps, lorsqu’on cherche son chemin c’est souvent pour aller à un endroit qu’on ne connaît pas donc découvrir et rencontrer des gens (des vrais amis). Paradoxalement (mais tu n’y avait pas pensé) grâce à mon smartphone je sors tout de suite de chez moi sans plus prendre 1 heure à la maison à étudier le plan papier pour me repérer.

Si tu veux vraiment taper dans la touriste tu peux aller zoner près des grands monuments essayer de repérer les deux nenettes perdues qui hoche bêtement la tête entre leur écran et le nom de la rue qu’elles essayent de lire et là hop, tu va les aborder.

Après quand tu es une fille, rester le nez dans ton smartphone peut aussi éviter pas mal de mauvaise rencontre ou de situation pas très chouette. Du genre quand tu as le malheur d’être en été en minijupe devant un groupe de caillera l’idée c’est pas trop « look up » mais plutôt « merci mon smartphone de m’éviter d’avoir à répondre à ces connards que non je vais pas les sucer ».

Quand tu regardes un peu le site paye ta shnek tu te dis que le smartphone même éteint a du quand même sauver des vies.

Bref ton conseil « look up » c’est pas toujours génial, d’ailleurs 32 millions de personnes déjà ont été voir ta vidéo et l’ont partagé plutôt que de « look up » c’est déjà un indicateur. Toi même tu n’y crois pas trop, je veux dire, tu parles tout seul à une caméra c’est triste un peu. Et, comble de l’hypocrisie, tu attends la fin de la vidéo pour dire aux gens d’éteindre leur écran et de sortir. Tu serais vraiment burné tu aurais commencé par ça, là ca fait un peu « ouais sortez le nez de vos écrans mais faites-moi du like quand même, c’est mon métier, vidéaste, faut bien bouffer. »

 

Et un message bien réac venu du fond des ages

Le problème comme je disais donc et le sujet de cette lettre qui sera liké par mes 4 ou 5 véritables amis, c’est qu’avec le conseil stupide vient un message réactionnaire qui vise à détruire un peu l’esprit rebelle de cette génération Y qui continue de résister encore et toujours aux codes et aux catégories.

Y parce que « why » pourquoi. C’est pas vraiment qu’on demande tout le temps pourquoi ceci ou cela et que le why est devenu une forme de contestation et de remise en cause du système par toute une génération. C’est aussi que nos aînés (pas tous, certains seulement) se demandent à notre sujet « why » pourquoi ces jeunes qui ont l’ai si stupides et si facilement manipulable continuent de ne pas se laisser avoir et refusent de rentrer dans ces petits codes dont a besoin toute bonne société réac.

Ce qui m’a mis la puce (électronique) à l’oreille (bionique) c’est quand tu conseilles de lâcher facebook ou candy crush et d’être productif. « Be productive », celle-là on nous la fait souvent. Les parents te la font, ton boss te la fait, pardon, pas ton boss mais ton « directeur de stage » qui t’exploite sans te payer et qui trouve scandaleux que tu sois sur facebook avec tes potes plutôt que sur la page facebook de la boite à faire du like aux nouveaux produits qui doivent toucher les jeunes.

Bref, le coup de « being productive macht frei » on nous le fait un peu souvent et ça vient en général du haut de la pyramide (le premier qui me fait une réflexion sur cette phrase je lui fais recopier 100 fois « je dois sortir de chez moi et look up au lieu de troller les points godwin »).

 

Ah l’amour au XIXeme siècle…

L’autre vision insupportable c’est celle de l’amour. Mai 68 et la libération sexuelle c’est de la merde, l’avenir de l’homme c’est la famille pour tous. Tu rencontres une personne, tu lui sors une bague avec un gros caillou, tu t’installe avec elle pour partager le même pieu pendant les 60 prochaines années de ta vie productive et tu attends que la lumière de ton monde ce soit des gamins qui font la même chose. Voilà un bel idéal pour la génération Y, qu’elle rentre enfin dans le rang. Qu’elle arrête un peu ces errances de fuck friend, speed dating, divorce, carrière au lieu des gosses, coups d’un soir, walk of shame ou toutes ces petites choses un peu grise que la morale réac réprouve.

Ces petites choses toutes en couleur en fait pour nous les Y qui font que l’amour est plein de surprise, de vécu, d’expériences, de douleur et de bonheur incertain, de découvertes, de rencontres, de petites cases relationnelles qu’on passe notre vie à foutre en l’air et toutes ces nouvelles formes de relation qu’on invente. On se cherche, on se trouve, on se chauffe, on couche, on met des capotes, parfois on oublie, on joue, on se marie pour divorcer, on fait des relations à distance, on coche la case « it’s complicated » sur Facebook parce que le but c’est de vivre, pas d’être vieux le plus vite possible.

 

Et les enfants, ils étaient si heureux dans les pubs kinder

Quant à l’enfance idyllique où on courait joyeusement dans les prés c’est aussi un peu du délire pour une écrasante majorité des gamins de la planète et ça m’étonnerait, Gary, que quand ta fille va te donner le choix entre un Ipad ou un poney pour son anniversaire, tu choisisses de vivre dans la paille et le crottin pour 15 ans de ta vie…

La télé et mario bros, Zelda et Mégaman 2 ont été des grandes étapes fondatrices et je remercierais jamais assez bip bip et le coyote et minus et cortex (que j’ai totalement et illégalement téléchargé sur internet récemment) de toute l’éducation qu’ils ont pu m’offrir et des valeurs que j’ai faites mienne grâce à eux : l’ambition, l’obstination même face à l’échec, la valeur d’un plan bien étudié, la possibilité de foirage total de ce plan face aux circonstances imprévues… La télé m’a éduqué car la télé m’a donné un pouvoir : le pouvoir de zapper.

Zapper est un pouvoir que ne connaissent pas nos parents. C’est un pouvoir extrême, avec toute une série de sous fonctions : réduire le son, changer de chaîne, avance rapide… Zapper demande un minimum de concentration mais permet à nos cerveaux d’effectuer un opportun dédoublement de la réalité dès lors qu’elle nous apparaîtra comme ennuyeuse. L’on pourra ainsi, selon les souhaits, zapper un état, une personne, une situation… il ne s’agit pas simplement de ne pas porter attention en mettant le nez dans son smartphone, c’est plus fort que cela.

L’on peut d’instinct savoir quand interviendra la coupure pub, pourquoi le méchant en voulait à la jolie fille et lequel des deux noirs qui fait des mauvaises blagues va se faire bouffer par le croco. Car qui dit zapper dit inévitablement revenir sur la chaîne qu’on souhaitait zapper au départ. Il est donc important de savoir où on en est dans le dédoublement des réalités. Une fonction, cependant, nous est inaccessible : le off. Jamais de off, ça ne se fait pas. On ne off pas quelqu’un, on le zappe. Par définition, celui qui off perd le pouvoir de zapper. C’est là toute notre puissance : nous savons que le off n’existe pas. Nous savons que nous ne pourrons jamais que zapper et que le off n’est qu’un leurre.

 

La réalité, en vrai c’est chiant parfois

La réalité, Gary est souvent d’un ennui mortel et le smartphone là encore nous permet de zapper. Un trajet en bus ça n’a pas forcément grand intérêt. une réunion de bureau qui sert à rien car on répète ce qu’on a déjà dit la semaine d’avant ca peut vite devenir mortel. un mauvais rencard où on a rien d’autre à faire que de se regarder dans le blanc des yeux en se creusant la tête de savoir lequel du « il fait beau aujourd’hui » ou de « tu fais quoi dans la vie » va réussir à sauver 20 secondes de conversation, c’est à mourir. Et ça se zappe. Et l’on sait aussi que ca ne se off pas.

Ni le smartphone, ni la chiante réalité ne peuvent se zapper. Et toute notre génération sait déjà cela. Toi même Gary, tu le sais, c’est pour cela que tu attends la fin de la vidéo pour nous dire de off, sachant pertinemment que ton message aura l’effet d’un rêve irréalisable, un idéal impossible qu’à défaut d’atteindre on ira partager sur facebook.

Ta vidéo nous touche car elle nous rappelle cet idéal de vie d’une pub Kinder ou Nutella de notre enfance : famille parfaite, sourires ultra bright et parents hétérosexuels aimant distribuant à leurs enfants blonds des bons produits Danone qu’ils aient toute la journée l’énergie de courir dans les champs de blé.

C’est pour ça qu’on la partage plutôt que d’obéir, pour conjurer dans une sublimation virtuelle, cette relique d’idéal commercial inscrite dans les tréfonds de notre inconscient par une armée de publicitaires, de commentateurs ou de donneurs de leçons sur la jeunesse qui ne se comporte pas comme il faudrait. Partager cette vidéo en mettant un like c’est déjà la zapper, s’en débarrasser en la refilant au voisin.

Maintenant, évidemment, le conseil à toi Gary (et à toi lecteur qui a eu le courage de lire ce post jusqu’au bout) : do not look up. Zappe, zappe tout de suite sur un truc intéressant, une des infinies perles que l’internet peut offrir.

En voilà une, c’est cadeau

One Response to ““Look up”, la vidéo qui voudrait que la génération Y rentre un peu dans le rang”

  1. Anne Onyme May 17, 2014 at 9:26 am #

    t’as dit faites moi des like je suis vidéaste mais il n’as qu’une seule vidéo…

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